Sécheresse : La Côte-d’Or commence à avoir soif…

La France a chaud, la France a soif, et la Côte-d’Or n’est pas épargnée. On a atteint même des records de température au mois d’avril avec, dans le même temps, des précipitations trop peu nombreuses pour nous mettre à l’abri d’une grande sécheresse. Selon les spécialistes, il faut remonter à 1953 et 1949 pour trouver des niveaux de pluie aussi bas dans le département ! De fait, la préfecture de Côte-d’Or vient de prendre ses premières mesures de restrictions d’usage de l’eau. En ligne de front : les agriculteurs, qui tentent de faire face au mieux à cette inquiétante situation…

« Une situation digne d’un mois de juillet ! »

Tout comme la Saône-et-Loire, la Nièvre et l’Yonne, la Côte-d’Or fait partie des quarante-deux départements concernés par les restrictions d’eau. Force est de constater en effet que la situation hydrologique est digne d’un mois de juillet. Selon Denis Thevenin, responsable départemental de Météo France, « les précipitations entre octobre 2010 à  mars 2011 (celles servant à la recharge des nappes phréatiques), sont un peu inférieures à la normale ». Le météorologiste constate également depuis janvier 2011 « des pluies inférieures à la normale pour chacun des mois, et notamment en avril, où le mois a été exceptionnellement chaud ».

En Côte-d’Or, le franchissement du seuil d’alerte pour les sous-bassins Arroux-Lacanche et Serein-Argentalet-Romanée-Tournesac-Vernidard, ainsi que le franchissement du seuil de crise pour le sous-bassin Tille amont-Ignon-Venelle, ont été constatés par un arrêté du 13 mai 2011, signé par Anne Boquet, préfète de Côte-d’Or et de Bourgogne. Conformément à l’arrêté cadre du 15 juin 2010, qui prévoit un dispositif d’actions dès lors que ces seuils ont été franchis, « les mesures particulières prises au niveau des deux sous-bassins versants ayant franchi le seuil d’alerte concernent les usages agricoles, industriels et les golfs. Les mesures prises pour les sous-bassins ayant franchi le seuil de crise concernent les usages agricoles, industriels, les golfs, la navigation fluviale ainsi que le remplissage et la vidange des étangs ».

Agriculture : « Toutes les cultures sont en danger ! »

Pour Antoine Daurelle, président des Jeunes Agriculteurs de Côte-d’Or, « la situation est critique au niveau des grandes cultures et de l’élevage, secteur qui est déjà en crise ». Agriculteur sur la commune de Clénay, il pratique des cultures traditionnelles comme le colza, le blé, l’orge, le tournesol et la moutarde, « sans oublier quelques prairies ». « On constate une perte de 30 % de rendement des cultures par rapport à d’habitude, notamment pour le blé. » Et de poursuivre : « L’herbe sur les pâturages ne pousse pas et on va arriver rapidement à juillet-août, période où il pleut traditionnellement moins. Ce qui pose aussi le problème pour nourrir les animaux et on prévoit un manque de fourrage pour l’hiver ».

Une inquiétude que partage également Nicolas Michaud, agriculteur dans la région de Seurre et membre du bureau de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, responsable de l’irrigation et des fruits et légumes.  « Aujourd’hui, les cultures les plus touchées sont les légumes (oignons, pommes de terre, carottes, haricots verts, petits pois…), mais toutes les cultures de printemps – comme le tournesol, le soja… – sont en danger et risquent de souffrir, elles aussi, de la situation hydrométrique. Nicolas Michaud explique que « le premier arrêté préfectoral de cette année a des conséquences directes sur notre activité d’agriculteur : restrictions pour l’irrigation, horaires à respecter pour l’arrosage. Nous sommes tous conscients de l’état actuel des ressources en eau, et nous devons tous faire des efforts. Mais on s’organise entre agriculteurs, et ça se passe bien ».

Quels plans d’action ?

Au niveau des Jeunes Agriculteurs, de la FNSEA et de la chambre d’agriculture régionale, un plan d’action est mis en place pour la récolte de la paille durant l’été 2011, afin de mettre en relation les céréaliers et les éleveurs. « Nous voulons devenir l’intermédiaire entre tous les agriculteurs pour constituer les stocks et ainsi combler le déficit probable qu’on connaîtra cet hiver. Nous voulons également organiser le pressage de la paille et le transport ; et également fixer un prix unique pour éviter une trop forte augmentation », explique Antoine Daurelle.

Du côté de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, un état des lieux est dressé toutes les semaines. Pour Nicolas Michaud, « nous sommes un soutien auprès des agriculteurs, nous les accompagnons pour gérer au mieux les ressources en eau. Les agriculteurs essaient de se tenir aux conseils que nous leur prodiguons […] La chambre d’agriculture travaille tout au long de l’année à la formation des agriculteurs pour chercher de nouveaux systèmes permettant d’économiser l’eau, comme la mise en place de bassins de récupération d’eaux de pluie, comme ceux de la sucrerie à Aiserey, ou encore dans le secteur de Saint-Julien ou le bassin de la zone d’activités de Fauverney. On essaie également de promouvoir les rampes d’irrigation, pour un meilleur usage de l’eau ».

Mais le responsable de l’irrigation à la chambre d’agriculture départementale met en garde : « L’agriculture ne représente que 5% de la quantité d’eau prélevée en milieu naturel. Les agriculteurs ont déjà fait beaucoup d’efforts et ne peuvent plus en faire. C’est toute l’économie locale qui est en jeu. En effet, les usines agroalimentaires fermeraient s’il n’y avait plus d’agriculture. Il convient de valoriser l’économie de proximité, l’exploitation agricole fonctionne grâce aux entreprises locales et vice versa ».

De la nécessité d’économiser l’eau…

Si aujourd’hui la situation hydraulique en Côte-d’Or est préoccupante, elle ne nécessite pas encore, pour l’instant, la prise de mesures de restriction générale des usages de l’eau, et qui toucheraient le grand public (arrosages des jardins, remplissage des piscines, etc.). Cependant, la préfecture tient à rappeler « la forte vulnérabilité de certains cours d’eau côte-d’oriens à la sécheresse. C’est pourquoi, chacun est invité à faire preuve, dès à présent de vigilance, les économies réalisées aujourd’hui étant le gage d’un meilleur approvisionnement pour demain ».

Côté prévisions, selon Météo France, le prochain épisode pluvieux significatif aura lieu jeudi 26 mai ; il pourrait donner entre 10 et 15 mm après un rafraîchissement  de quelques jours (19-22 C°). Les températures redeviendront supérieures aux normales saisonnières (23-25°) jusqu’au lundi 06 juin sans précipitations notables sur le plan hydrologique.

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