Archives

Quelle est l’origine de l’expression « ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval » ?

On dit d’une chose rare et le plus souvent de grande valeur, qu’elle « ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ».

Cette expression date du 18ème siècle. Peu avant, un siècle plus tôt pour être précis, on avait recours à l’expression approchante  »dans le pas d’un cheval ». Le « pas » étant la trace. Aujourd’hui le sabot a remplacé la trace mais le sens est resté le même.

Mais pourquoi ne peut-on pas trouver de choses rares sous le sabot d’un cheval ? Tout simplement parce qu’à cet endroit on trouve le plus souvent l’inverse, à savoir une matière sans grande valeur. Vous l’avez compris, on trouve dans la trace ou sous le sabot d’un cheval du crottin, c’est-à-dire quelque chose sans rareté ni valeur considérable (même si certains le ramassaient pour l’utiliser comme fumier). D’où le recours à la forme négative dans l’expression.

Pourquoi dit-on « une vie de bâton de chaise » ?

une vie de bâton de chaise

« Mener une vie de bâton de chaise » signifie mener une vie agitée, désordonnée.

L’expression a une origine incertaine. Mais on l’explique généralement de la façon suivante. Les « bâtons de chaise » sont les bâtons de chaise à porteurs sous l’Ancien Régime. Celles-ci présentaient en effet deux bâtons latéraux qui servaient à porter littéralement la chaise et son passager.

Or pour déplacer le tout il fallait fréquemment manipuler ces bâtons. Ils avaient la vie dure. Ils étaient soulevés, tirés, posés, courbés. Et par analogie on se mit à décrire une vie à l’activité excessive en ayant recours à cette image.

Si on date cette expression de la fin du 19ème siècle, date à laquelle les chaises à porteurs avaient disparu, c’est tout simplement que de nombreux spectacles relataient alors la vie de cette époque, donnant une actualité à ce mode de déplacement pourtant disparu. D’où la référence anachronique aux bâtons de chaise.

D’où vient l’expression « le jeu en vaut la chandelle » ?

le jeu en vaut la chandelle

L’origine de cette expression date du 16ème siècle. A cette époque les foyers s’éclairaient à la bougie. L’électricité n’existait bien sûr pas encore. Pour passer le temps ou s’adonner à son vice les gens pouvaient le soir jouer aux cartes ou aux dés. Pour y voir quelque chose il leur fallait s’éclairer à la bougie ou à la chandelle.

Mais éclairer ces parties de jeux nocturnes avait un coût. Ainsi les joueurs n’étaient prêts à consentir à payer pour cet éclairage que si les montants des gains potentiels étaient élevés. Il fallait pouvoir espérer gagner une grosse somme ou au moins rentrer dans ses frais.

Si les gains potentiels n’étaient pas énormes et pour pouvoir quand même jouer les participants aux revenus modestes donnaient une petite somme à celui qui avait accueilli la partie en dédommagement du coût des chandelles. Mais s’ils n’avaient vraiment pas de chance au jeu alors celui-ci n’en valait pas la chandelle !

Pourquoi dit-on « poser un lapin » ?

poser un lapin

« Poser un lapin » consiste à ne pas se rendre à un rendez-vous sans prévenir la personne qui vous attend.

Signalons d’abord que durant l’Antiquité, le lapin était un symbole de fécondité. Celui qui n’en avait pas était donc mis dans la pauvreté.

Mais l’expression exacte remonte à la fin du 19ème siècle. Elle avait cependant à l’époque un sens différent. Elle signifiait ne pas rétribuer les faveurs d’une femme dite de « petite vertu ». Le « lapin » désignait donc le refus de payer. Et le « poseur de lapin » était celui qui faisait attendre la femme dont il avait profité.

Le sens que nous connaissons aujourd’hui serait apparu vers 1890 chez les étudiants et semble venir d’une autre locution, « laisser poser », qui signifiait « faire attendre quelqu’un ».

Mais il y a eu sans aucun doute un glissement progressif dans le langage courant d’une attente de paiement non honoré (la faveur sexuelle) vers une autre attente non satisfaite (la venue de la personne attendue).

Pourquoi dit-on « au four et au moulin » ?

Au four et au moulin

Le plus souvent utilisée dans sa forme négative cette expression signifie « ne pas pouvoir être partout en même temps », « être dans l’incapacité d’exécuter plusieurs tâches à la fois ».

Elle est apparue à l’époque féodale, quand les paysans utilisaient le moulin et le four du seigneur pour faire leur pain, contre paiement d’une redevance « sur fours, moulins et pressoirs » justement. Cette taxe fut abolie à la Révolution par l’Assemblée constituante le 15 mars 1790.

Les deux tâches, moudre le grain dans le moulin puis faire cuire le pain dans le four, devaient être exécutées successivement. Il était impossible de les réaliser en même temps. Puisque chaque opération devait être réalisée distinctement, il était impossible d’être à la fois au four et au moulin.

Malgré la tradition strictement orale de transmission de cette expression on sait aujourd’hui qu’elle apparut dans le langage courant à partir du 17ème siècle.

Quelle est l’origine d’« en baver des ronds de chapeaux » ?

En baver des ronds de chapeaux

« En baver des ronds de chapeaux » signifie endurer quelque chose de difficile, subir une épreuve dure à surmonter et se donner beaucoup de mal pour y parvenir.

A l’origine, c’est à dire au 19ème siècle, « en baver » est utilisé pour exprimer une grande admiration. Puis au siècle suivant il désigne l’état de quelqu’un qui supporte malgré lui une situation pénible. Le sens de « en baver » se fixe alors sur cette une idée de peine et de souffrance subies.

Quant aux ronds de chapeaux, Claude Duneton propose une explication liée aux modistes, les personnes qui confectionnent ou vendent des chapeaux de femme. Les ronds de chapeau étaient des ronds de plomb lourds qui, disposés sur les chapeaux, leur donnaient leur forme.

L’expression ferait donc référence au poids de ces ronds. Il s’agirait non seulement d’en baver, mais de surcroit en baver lourdement.

Pourquoi dit-on « à la six quatre deux » ?

A la six quatre deux

Quand un tâche est réalisée « à la six quatre deux » elle est bâclée, faite à la va vite.

Cette expression remonte au milieu du 19ème siècle mais son origine reste énigmatique.

Selon certains auteurs cette énumération dans le sens inverse des trois premiers chiffres pairs, correspondrait à la dénomination d’un jeu de hasard. Par extension une action réalisée sur le même mode, c’est-à-dire au hasard, serait réalisée de façon rapide et sans soin.

Selon une autre explication, cette expression viendrait du domaine de la peinture. Les trois chiffres superposés permettraient en effet de représenter schématiquement un visage. Un peintre peignant une toile à la six quatre deux travaillerait à son tour de façon schématique, sans détail.

Enfin certains affirment que l’origine de l’expression est à trouver dans le vocabulaire musical. Une mesure à six-quatre y est une mesure rapide à deux temps. On retrouve l’idée de rapidité et donc par extension d’absence de souci du travail bien fait.

Pourquoi dit-on “avoir du foin dans ses bottes” ?

Foin dans ses bottes

« Avoir du foin dans ses bottes » signifie avoir beaucoup d’argent.

L’expression trouve surtout application chez des personnes d’origine modeste qui ont réussi à atteindre un certain niveau de vie.

Dès le Moyen Age les paysans avaient pour habitude de fourrer avec de la paille leur sabots pour se protéger du froid. Ainsi ceux qui avaient non pas de vulgaires sabots mais des bottes étaient bien mieux lotis. Et ceux qui pouvaient y mettre du foin plutôt que la paille s’autorisaient un plus grand confort encore.

Au XVIIe siècle, Furetière utilise déjà l’expression « il a bien mis de la paille dans ses souliers » pour indiquer qu’une personne est riche, dans ce cas précis de manière illicite.

Signalons également que le mot « botte » peut également désigner une « meule » de foin. En posséder signifiait avoir de l’argent.

L’expression « avoir du foin dans ses bottes » semble donc être le résultat de ces différents usages et significations.

Quelle est l’origine de l’expression « se saigner aux quatre veines » ?

Saigner quatre veines

Si quelqu’un se saigne aux quatre veines pour un tiers cela signifie qu’il se sacrifie, se prive au profit d’autrui. Il fait tout son possible, surtout financièrement.

Cette expression utilise une image facilement compréhensible. Même si on ne peut pas certifier totalement son origine nous possédons tous au niveau de chaque poignet une veine et une artère. Donc en tout quatre « veines » vitales pour la vie. Se couper ces quatre veines revient donc à se suicider, c’est-à-dire faire le plus grand des sacrifices, montrer la plus grande abnégation quand ce geste est réalisé au bénéfice d’une autre personne.

L’expression est relativement récente et semble venir d’une autre locution plus ancienne : « se faire saigner aux quatre membres » qui avait pour signification le fait de perdre ses biens. On trouve cette expression notamment sous la plume de Guy de Maupassant dans « Bel ami » en 1885.

Pourquoi dit-on « snob » ?

Snob

Un snob est une personne qui aime les manières ou adopte des postures à la mode dans des microcosmes qui se pensent distingués et qui entretiennent un mépris pour ceux qui n’adhèrent pas à leur mode de vie.

L’usage de l’expression « snob » remonte au 18ème siècle en Angleterre. Le mot est la contraction du latin «sine nobilitate» (sans noblesse), et s’écrivait «s.nob.». Cette mention figurait sur les registres d’inscription de l’université de Cambridge afin de préciser que l’étudiant en question était issu de la petite bourgeoisie et non de la noblesse. Il s’agissait donc d’une information écrite à caractère personnel figurant dans un fichier scolaire.

Or parmi ces élèves qui n’appartenaient pas à la noblesse certains voulaient imiter par jalousie les manières des aristocrates. A défaut d’appartenir à l’élite, ils tendaient à reproduire le comportement de cette classe sociale qui s’estimait supérieure. Les aristocrates eux n’appréciaient guère ce comportement et en retour les traitaient de «snobs».