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Pourquoi dit-on « être baba » ?

etre baba

« Etre baba » ou « rester baba » consiste à être surpris, stupéfait. Le recours au terme « baba » peut sembler énigmatique. Créé à la fin du 18ème siècle, il vient du mot ‘batare’ en bas-latin, qui avait pour signification « ébahi » ou « ouvrir la bouche ».

Mais il semble que « baba » ait été auparavant une onomatopée utilisée pour indiquer un état de grand étonnement. La personne qui était baba ne pouvait ainsi prononcer de mots intelligibles compte tenu du degré d’ébahissement. Il semble que l’expression « rester comme Baba » ait également existé.

Mais attention car ce baba ci est différent du baba de l’expression « l’avoir dans le baba » qui signifie « se faire avoir » et dont le baba désigne le sexe féminin. A la fin du 19ème siècle l’expression perd son allusion obscène et connait le sens que nous lui attribuons de nos jours.

Quelle est l’origine de l’expression « faire chou blanc » ?

faire chou blanc

« Faire chou blanc » consiste à ne pas réussir, essuyer un échec. Deux hypothèses existent quant à son origine.

Elles considèrent toutes les deux que « chou blanc » vient d’un « coup blanc », mais pas le même. Le première explication semble la plus probable. Au 16ème siècle le jeu de quilles était très apprécié. Or dans le Berry, un coup se disait un « choup ». Quand un des joueurs ratait la quille, ou bien ne marquait aucun point, on disait qu’il avait fait un « coup blanc », c’est à dire un « choup blanc » en langage berrichon.

Cette explication semble plus pertinente que la seconde selon laquelle le « coup blanc » serait celui qui désigne un coup de feu. En effet les anciennes armes à feu produisaient une fumée blanche lors de chaque tir. Car même si la cible n’était pas atteinte une fumée blanche s’en échappait.

Pourquoi dit-on « trainer des casseroles » ?

trainer des casseroles

« Avoir des casseroles » ou « trainer des casseroles » signifie être mêlé à des affaires qui ont des conséquences sur la réputation.

Il s’agit d’une métaphore qui exprime le fait de subir les effets négatifs d’un acte commis antérieurement. Cette expression date du 20ème siècle et se trouve être très utilisée dans le monde politique où les casseroles peuvent peser lourd lors d’une campagne électorales.

Elle trouverait son origine dans un jeu d’enfants qui consisterait à attacher des récipients métalliques, comme des casseroles, à la queue d’un chien qui, effrayé par leur bruit sur le sol, se mettrait à courir à toute allure et dans tous les sens. Ces casseroles sont donc devenues naturellement le symbole de l’embarras, de la gêne mais aussi d’évènements ou de faits dont il est devenu difficile de se débarrasser. La métaphore appliquée à la politique est ainsi particulièrement explicite.

Pourquoi dit-on « à tue-tête » ?

à tue-tête

Celui qui chante à tue-tête a une voix si forte et puissante que le son qu’il émet peut faire mal à la tête. Il est en tous cas le plus souvent dérangeant.

Dès le 12ème siècle « tuer » était utilisé dans diverses expressions afin d’exprimer l’idée d’évanouissement. Mais la locution « à tue-tête » trouve son origine bien plus tard, au XVIe siècle. A cette époque le terme « tuer » ne signifiait pas seulement enlever la vie. Il pouvait être également être utilisé pour exprimer l’idée de frapper le plus souvent à la tête ou bien signifier « fatiguer » ou « exténuer ». Cette dernière signification explique l’expression aujourd’hui disparue « à tue-chevaux » signifiant « très vite ».

Dès lors, le sens de l’expression qui nous intéresse est apparu naturellement et n’a pas évolué malgré les siècles. Quelqu’un qui chante ou crie à tue-tête a de fortes chances de fatiguer ceux qui l’entourent.

Pourquoi dit-on « du dernier cri » ?

dernier-cri

L’origine de cette expression remonte au Moyen-âge. A cette époque il existe des crieurs publics. Ils ont remplacé les tambours de ville et le métier qu’ils exercent de façon itinérante consiste à se déplacer de localité en localité pour lire des textes.

Ainsi rendu dans un village, les crieurs publics prenaient place à des endroits stratégiques et fréquentés comme les places ou les parvis d’églises pour y faire connaitre leur présence par le tambour ou la trompette. La population ainsi avertie, les crieurs commençaient à déclamer leurs textes. Il s’agissait d’informations importantes telles des décisions, décrets ou ordonnances royales. Il pouvait encore s’agir de sentences, décisions de justice ou de bans.

Pour nommer ces nouvelles fraiches, ces actualités de l’époque, le peuple se mit à utiliser l’expression d’«annonces de dernier cri ». Appellation somme toute logique puisque les toutes dernières nouvelles étaient aussi celles qui étaient les dernières criées. Avec le temps l’expression s’appliqua non seulement aux informations ayant un caractère officiel mais aussi à tous types de nouvelles.

Dans certains villages suisses on trouvait encore des crieurs de rue dans les années 1960.

D’où vient l’expression « avoir du toupet » ?

avoir du toupet

« Avoir du toupet » consiste à avoir du culot, réaliser des actes que le commun des mortels n’ose pas accomplir. Cette expression date du 16ème siècle et trouve son origine en Italie.

A cette époque les seigneurs pouvaient fait appel à des « bravi », que l’on peut assimiler à des tueurs à gages, dans le but d’éliminer des opposants. En raison du caractère dangereux de leurs actions ils ne souhaitaient pas être reconnus. Aussi pour commettre leurs forfaits ils se cachaient derrière une large mèche de cheveux sur le sommet du front, appelée « toupet ». Ils pouvaient soit la laisser retomber sur le visage pour dissimuler leur identité soit la maintenir sous un chapeau quand ils n’étaient pas en mission. De plus ils arboraient souvent une barbe fournie.

La pratique de dissimulation de ces assassins est restée célèbre et traversa la frontière pour être utilisée en français où elle désigne le plus souvent une audace verbale.

Quelle est l’origine de l’expression « être au taquet » ?

être au taquet

Une personne qui est « au taquet » est très motivée, à la fois prête, agissante ou impatiente d’entrer en action. Elle peut également être à la limite de ses capacités et ne pouvoir plus assurer aucune tâche supplémentaire.

Le taquet fut dans l’histoire le nom de différents objets qui partagent une idée commune, celle de bloquer, d’être une limite.

Au 15ème siècle on utilisait ce mot pour désigner une loquet, un morceau de bois permettant de maintenir une porte fermée. En mer dès le 17ème siècle, le taquet désigna par ailleurs une pièce utilisée sur les bateaux pour maintenir un cordage dans une certaine position. Enfin plus récemment il servait à bloquer le chariot des machines à écrire.

Le taquet est donc en toute hypothèse synonyme de limite physique. Il fut tout naturellement utilisé pour exprimer l’idée de toute limite, quelle que soit sa nature. On dit d’ailleurs parfois « je suis à fond » pour dire « au taquet ».

Pourquoi dit-on « un violon d’Ingres » ?

un violon d’Ingres

Un « violon d’Ingres » est une passion souvent en lien avec les arts à laquelle on s’adonne en dehors de son activité principale.

On doit cette expression au peintre néo-classique français Jean-Auguste-Dominique Ingres né en 1780 qui exerça ses talents de grand portraitiste au 19ème siècle. Il peignit également des tableaux d’histoires et des nus féminins. Au-delà de la peinture, Ingres vouait une passion tout aussi artistique, pour la pratique du violon. Ses talents musicaux restent cependant l’objet d’’appréciations contradictoires.

Quel que fut son talent pour jouer du violon, au début du 20ème siècle on se mit à nommer naturellement un « violon d’Ingres », toute activité secondaire et non professionnelle exercée passionnément.

De nos jours on utilise aussi une autre expression au sens similaire, mais d’origine anglaise : un hobby.

A noter enfin que Le Violon d’Ingres est une célèbre photographie réalisée par Man Ray en 1924 qui représente Kiki de Montparnasse nue, de dos.

Pourquoi dit-on « que dalle » pour signifier « rien » ?

que-dalle

Il existe deux explications sur l’origine de l’expression « que dalle » pour désigner l’absence de quelque chose.

Elle serait d’abord une référence à une ancienne pièce de monnaie en argent du Saint-Empire romain germanique, le « thaler » ou « daalder » dans la langue flamande.

Apparue au 15ème siècle cette monnaie issue de la puissance de l’empire germanique circula en Europe pendant 400 ans. A l’image du dollar elle était la monnaie des échanges commerciaux internationaux.

Mais au 19ème siècle elle perdit toute sa valeur en grande partie en raison de la naissance du mark allemand. On se mit alors à dire que l’on avait « que dalle » pour signifier une monnaie sans valeur, c’est-à-dire « rien du tout ».

Selon la deuxième explication, « dalle » viendrait du mot « dail » issu d’une langue tsigane, le romani, et qui a pour sens « rien du tout ». Ou encore de l’occitan qui veut dire « que de l’aile à manger », c’est-à-dire presque rien.

Quelle est l’origine de l’expression « tirer à boulets rouges » ?

tirer à boulets rouges

« Tirer à boulets rouges » consiste à critiquer de façon virulente quelqu’un ou quelque chose. Les reproches ont un tel degré de violence et ils sont si nombreux que toute défense est rendue difficile.

On doit cette expression à Frédéric-Guillaume Ier, roi de Prusse. Au XVIIIe siècle, il eut pour objectif d’augmenter la puissance et l’efficacité des canons de son armée. Pour y parvenir il fit chauffer les boulets dans une forge, avant de les utiliser contre les troupes ennemies. Le résultat fut à la hauteur de ses espérances. Les boulets ainsi rougis, envoyés à haute cadence, provoquaient non seulement des dégâts en raison de leur poids mais aussi des incendies dus à leur incandescence. L’extinction des feux mobilisaient alors une partie des combattants, affaiblissant les troupes. Cette technique était également très efficace en mer.

L’usage de cette expression au sens figuré se fit à la fin du XVIIIe siècle.