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Pourquoi dit-on un “cousin germain” ?

cousin germain

L’expression « cousin germain » désigne les enfants dont les parents sont frères ou sœurs. Ces cousins ont donc des grands-parents en commun.

Il faut tout de suite souligner que le « germain » de notre expression n’a aucun rapport avec la population de l’antique Germanie, c’est-à-dire l’Allemagne actuelle. Le terme « germain » qui est utilisé depuis le 12ème siècle, souligne qu’un cousin est issu du même « germe », c’est-à-dire de parents au sens large, communs. En effet en latin, « germen » signifie « progéniture » et « germanus » veut dire « qui est du même sang ».

On retrouve le mot « germain » dans d’autres expressions où il exprime l’idée de lien de sang, comme dans « frère germain », une formule utilisée en Droit, qui désigne de véritables frères, c’est-à-dire issus des deux mêmes parents, à la différence des « demi frères ».

Pourquoi dit-on un « nègre » en littérature ?

negre

Un nègre désigne l’auteur anonyme d’un texte attribué pour le public à un autre individu.

Un siècle avant son utilisation en littérature ce mot désignait les hommes qui travaillaient énormément, sans reconnaissance, souvent comme domestiques, en référence aux esclaves noirs.

Par analogie, au 18ème siècle, le terme fut utilisé pour signifier celui qui effectuait le travail d’un commanditaire, souvent célèbre, qui s’en attribuait la réalisation.
Parmi les innombrables cas, citons celui d’Auguste Maquet, surement le plus célèbre des nègres. Il rédigea le premier jet de nombreux romans d’Alexandre Dumas. Une fois la base historique posée, ce dernier reprenait le texte pour lui insuffler son style, comme ce fut le cas pour les Trois Mousquetaires, le Comte de Monte-Cristo ou encore Vingt ans après.

En 1845 Eugène de Mirecourt dénonça le recours à un nègre par Dumas dans le pamphlet Fabrique de romans : Maison Alexandre Dumas & Cie. Dumas porta plainte et Eugène de Mirecourt fut condamné à quinze jours de prison.

Quelle est l’origine de l’expression « se faire du mouron » ?

se faire du mouron

L’expression  »se faire du mouron » signifie qu’une personne se fait beaucoup de souci.

Le mot « mouron » est pour le moins énigmatique. Il désigne des herbes de très petite taille que l’on trouve à la campagne. Or depuis le 19ème siècle on utilise ce mot en argot pour parler d’une touffe de poils, de la chevelure.

L’expression signifie donc littéralement « se faire des cheveux » qui n’est que la forme simplifiée d’une autre expression « se faire des cheveux blancs ». Par ricochet, « se faire du mouron » s’est mis à signifier au 20ème siècle « se faire de la bile », autre expression au sens équivalent.

On remarque que ces expressions qui ont toutes la même signification, font toute référence à une production involontaire du corps humain. Comme si l’impossibilité ou l’incapacité à en contrôler le surgissement ou la transformation (dans le cas de la couleur blanche des cheveux) était source d’une grande inquiétude pour les hommes.

Pourquoi dit-on « faire un tabac » ?

faire un tabac

« Faire un tabac » signifie rencontrer un succès considérable. Il semblerait que cette expression trouve son origine dans le vocabulaire utilisé par les marins du 19ème siècle.

A l’époque un « coup de tabac » est une tempête brusque, intense, avec de forts vents et du tonnerre. Elle fait par conséquent beaucoup de bruit. Par extension on a utilisé cette expression dans le milieu artistique quand un spectacle se concluait par des applaudissements nourris. Ainsi au début du 20ème siècle on disait « avoir le gros tabac » quand un artiste était chaleureusement et bruyamment salué par les spectateurs, comme un coup de tonnerre lors d’une tempête en mer.

Par la suite l’expression s’est simplifiée pour devenir « « faire un tabac » et son utilisation a dépassé le strict cadre des représentations artistiques. Aujourd’hui dans tous les domaines, on peut « faire un tabac » ou « faire un bide ».

D’où vient l’expression « faire le pied de grue » ?

faire le pied de grue

« Faire le pied de grue » consiste à attendre debout longuement et de façon immobile. La formule est marqué péjorativement. Celui qui fait le pied de grue a l’air un peu sot.

Avant le 17ème siècle, on disait plutôt « faire la jambe de grue ». L’expression fait donc référence à l’oiseau, la grue, de la famille des échassiers et réputé pour, malgré ses deux longues pattes, sa capacité à se tenir sur une seule d’entre elles. Cet animal est si à l’aise dans cette position qu’il peut même dormir ainsi.

De l’oiseau est né le verbe « gruer » et en argot la « grue » devint la prostituée attendant sans fin le client dans la rue sur une jambe, un pied par terre et l’autre sur le mur. Elles semblent ainsi faire au sens propre le « pied de grue » sur le trottoir.

Pourquoi dit-on « être à la bourre» ?

être à la bourre

Cette expression trouve son origine dans un jeu de cartes très populaire par le passé, « la borra ». Surtout connu dans le sud de la France, il pouvait se jouer à deux, trois ou quatre. Pour faire une partie il fallait d’abord que tous les joueurs misent une somme d’argent. Le total était ensuite divisé entre les joueurs en fonction du nombre de plis levé. Pour faire un pli il fallait tout simplement avoir la carte la plus forte. Au fil de la partie, ceux qui ne remportaient pas de pli devaient abonder la caisse en payant le double du montant déjà en jeu.

Dans la borra, celui qui ne levait jamais de pli était surnommé le « bourru ». Plus la partie avançait plus le bourru accumulait le retard sur les autres. D’où l’expression « être à la bourre» pour les retardataires.

Selon une autre théorie moins répandue, l’expression aurait pour origine un petit dispositif de calage nommé « bourre » utilisé dans le maniement des fusils et dont la mise en place après chaque tir ralentissait les soldats.

D’où vient l’expression « appeler un chat, un chat » ?

appeler un chat, un chat

« Appeler un chat, un chat » signifie ne pas avoir peur de dire les choses telles qu’elles sont, en toute honnêteté.

Cette expression a une origine argotique grivoise. Dès le 17ème siècle un « chat » désigne le sexe féminin. Au milieu du siècle on peut lire sous la plume du poète Nicolas Boileau dans les Satires : « J’appelle un chat, un chat et Rollet un fripon. » L’auteur critique ainsi un magistrat du nom de Rollet, car celui-ci est suspecté de tremper dans de sombres affaires. L’auteur exprime ainsi l’idée qu’il dit la vérité, sans détours, face à l’hypocrisie de la société.

On explique aussi parfois l’origine de cette expression en la faisant découler d’une autre formule, « il entend chat sans qu’on dise minet », signifiant comprendre sans grandes explications. Elle était employée pour inciter les gens à dire la vérité sans la maquiller.

Quelle est l’origine de l’expression un « coup de semonce » ?

coup de semonce

Un « coup de semonce » est un avertissement accompagné de menaces. Elle est aussi de nos jours un acte ou une déclaration, preuve de force, voulu comme le dernier avertissement avant des mesures hostiles.

Si le verbe « semoncer » était déjà utilisé au 15ème siècle pour exprimer l’idée de « convoquer en vue de punir », ce n’est qu’au début du 17ème que le terme fut utilisé dans la marine pour désigner un ordre donné à un navire de montrer ses couleurs, c’est-à-dire son drapeau, permettant de l’identifier. Le coup de canon tiré à blanc se nommait alors ainsi. Il était interprété par le navire destinataire comme l’ultime avertissement avant l’attaque.

Puis au début du 19ème siècle le « coup de semonce » ne fut plus limité à la sommation dans le seul usage de la marine. Il passa dans le langage courant pour devenir un avertissement le plus souvent accompagné d’une menace.

Pourquoi dit-on « raconter des salades » ?

raconter des salades

« Raconter des salades » consiste à dire des mensonges. Il ne s’agit pas de simples petites contre-vérités mais plutôt d’un mélange complexe d’histoires ou de ragots plus ou moins vraies.

Cette expression, métaphore culinaire, date du XIXe siècle. Elle compare une salade, c’est à dire un assortiment d’ingrédients divers qui combinés donnent un résultat agréable au palais, à un ensemble d’histoires, fausses nouvelles, inventions proférés avec humour ou excuses et présentés le plus souvent de façon convaincante pour mieux les faire passer auprès d’un interlocuteur.

Tous ces ingrédients associés font une salade composée parfaitement assaisonnée pour être avalée sans difficulté.

Après tout, dans certains cas ne vaut-il pas mieux raconter des salades pour faire avaler des couleuvres ?!

Pourquoi dit-on « avoir le béguin » ?

avoir le béguin

« Avoir le béguin » pour quelqu’un consiste à en être amoureux, souvent de façon passagère.

Cette expression date du 18ème siècle. Mais pour en saisir l’origine il faut s’intéresser à la racine du mot « béguin » qui remonte au 12ème siècle. Un « béguin » était alors une coiffe portée par des femmes menant une vie religieuse sans être pour autant des nonnes, mais vivant tout de même leur foi en communauté et appelées les « béguines ». Elles se nommèrent ainsi car leur mouvement fut fondé en Belgique par Lambert le Bègue, dont on dit qu’il avait un grand talent pour faire naitre la foi chez les femmes.

Tiré du « béguin », le verbe « s’embéguiner » signifiait à l’origine « se coiffer d’un béguin ». Puis au 18ème siècle on l’utilisa en argot pour signifier au figuré « tomber amoureux » de façon rapide et un peu absurde, pour celle ou celui qui se laissait prendre soudainement par la passion.