G8 des universités : Dijon nage (déjà) en pleine pagaille !

Destructions de banques, d’agences immobilières ou encore de panneaux publicitaires : à Strasbourg en 2009 comme à Gênes en 2001, les sommets internationaux ont laissé des marques indélébiles dans les villes qu’ils ont traversées… Avait-il peur que les activistes anarchistes des Black Blocs ne s’emparent de la capitale des Ducs de Bourgogne à l’occasion du Sommet des universités, initialement prévu du jeudi 05 au samedi 07 mai 2011 ? Dans tous les cas, François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, a obtenu l’annulation de l’événement par Matignon. Si sa demande a trouvé l’écho escompté, la Conférence des présidents d’universités (CPU) n’entend pas en rester là et s’adresse aujourd’hui au président de la République afin que le sommet ait tout de même lieu… A deux semaines de l’événement, le sujet est toujours en pourparlers. Et les manifestations dans tout ça ? Elles se dérouleront quoi qu’il advienne, assurent les militants du « contre-G8 ». Le bras de fer ne fait que commencer…

Des cocktails Molotov contre l’hôtel de la Cloche ?

« Ce sommet partait d’une excellente idée et il aurait été très valorisant pour Dijon d’accueillir les présidents d’université de trente pays du monde », remarque François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon. En effet, il est d’usage depuis 2008 que les représentants de l’enseignement supérieur issus des pays du G8 – élargi au G20 et à certains pays tiers – se réunissent, en amont du « vrai G8 », sous forme d’un sommet international. L’objectif ? Que les délégués formulent une déclaration, transmise ensuite à la société civile et aux responsables politiques des pays participants, de même qu’aux chefs d’Etat rassemblés dans le G20. Cette année, la première partie du sommet devait avoir lieu à Besançon du 28 au 30 avril 2011, la seconde à Dijon du 05 au 07 mai.

C’était sans compter sur l’intervention de François Rebsamen. « J’ai contacté plusieurs fois le directeur de cabinet du ministère de l’Intérieur : il n’était pas en état d’assurer la sécurité à Dijon. A partir de là, j’ai demandé au président de la Conférence des universités (CPU) et à Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de ne pas prendre le risque de maintenir ce sommet et d’annoncer son annulation », lançait-il lors de la conférence de presse précédant le conseil de communauté du Grand Dijon, jeudi 21 avril 2011 (Lire ici notre article). « Galop d’essai en matière de sécurité avant le G8 de Deauville des 26 et 27 mai 2011 », selon François Rebsamen, le Sommet des universités « aurait contraint de fermer le centre-ville pendant trois jours et les barrières des travaux du tramway auraient très bien pu servir de projectiles pour des manifestants anti-G8 ».

Pour un certain nombre d’entre eux, ces « manifestants » ne sont, en effet, pas tout à fait ordinaires. A Gênes en 2001 ou à Strasbourg en 2009, les activistes des Black Blocs ont par exemple fait parler d’eux par des destructions volontaires des symboles du capitalisme : banques, douanes, agences de voyage et panneaux publicitaires ont ainsi subi des assauts ciblés. Affectés également à la « protection des manifestants face aux forces de l’ordre » (Lire ici Anarchopédia.org), ces groupements éphémères qui se greffent aux manifestations comptent dans leurs rangs des anarchistes, des anti-capitalistes, des antifascistes, des antiracistes, des syndicalistes, des situationnistes ou encore des communistes. « Ils sont très entraînés. Ce sont des pros. Ils se déplacent sous des bâches pour éviter les bombes lacrymogènes de la police et s’en extraient seulement pour lancer des cocktails Molotov », croit savoir François Rebsamen. Quand l’on prend en compte que le lieu du sommet n’était autre que l’hôtel cinq étoiles de la Cloche à Dijon, la prudence du sénateur-maire semble toutefois justifiée…

Les présidents d’université enragent, les anarchistes exultent

Vendredi 22 avril 2011, François Rebsamen obtient de Matignon l’annulation du sommet. Les réactions ne se font pas attendre. « Cette annonce, intervenant à moins de quinze jours du début de l’événement, suscite l’étonnement de la part des membres du comité international de pilotage et fait naître le doute sur la capacité de la France à assurer l’accueil et la sécurité de manifestations universitaires internationales, au moment où les universités françaises s’attachent, sous l’impulsion du président de la République, à renforcer le rayonnement mondial de notre enseignement supérieur », remarquent par exemple les membres de la Conférence des présidents d’université dans un communiqué daté du vendredi 22 avril 2011 (Lire document joint).

Du côté des groupes anarchistes, au contraire, cette annulation du sommet est perçue comme une victoire. « Si l’idée affichée des contre-sommets est d’empêcher leur déroulement et de montrer aux puissants de ce monde qu’ils sont indésirables, on ne peut que célébrer cette nouvelle victoire par forfait. Elle prouve à tous les pourfendeurs de la « violence » et aux idéologues des actions symboliques et pacifiées, que les manifestations toniques et sauvages sont un moyen de pression efficace », souligne l’organisation dijonnaise Brassica Nigra. Et de préciser : « La menace aura suffi à faire peur à une mairie au point qu’elle se prive des regards tournés vers sa ville et du potentiel d’attractivité qu’un tel sommet aurait pu lui apporter ».

Le comité de pilotage du Sommet international des universités, placé sous la responsabilité du recteur japonais de l’Université de Tôdai, souligne quant à lui que le Japon, malgré la catastrophe qu’il a subie, a continué à assurer cette fonction « avec une dignité qui inspire le respect ». Pour cette raison et « parce que les thèmes du développement durable et de la connaissance trouvent, au vu de cette catastrophe, une résonance particulière », la CPU en appelle aujourd’hui à l’autorité du président de la République pour que le Sommet des universités puisse toutefois se tenir dans le cadre de la présidence française du G8/G20… « Il est certain que le sommet ne se déroulera pas à Dijon », assure l’Université de Bourgogne, interrogée par dijOnscOpe. Et de préciser : « Aujourd’hui, plusieurs hyptohèses sont envisagées, aux mêmes dates, dont Paris ». Mercredi 27 avril au soir, aucune décision n’avait encore été prise en ce sens.

Le contre-G8 est maintenu à Dijon…

Malgré cette atmosphère d’indécision, les opposants du G8, quant à eux, savent où ils seront les 05, 06 et 07 mai 2011 : à Dijon ! Car si le lieu du sommet est appelé à changer, celui du contre-sommet n’a pas bougé d’un pouce. « Nous nous sommes réunis dès octobre 2010, à Dijon et à Besançon, pour organiser notre contre-G8. A partir de cette date, plusieurs groupes de travail se sont retrouvés régulièrement pour aborder le thème de l’éducation, de la maternelle à l’université, avec un objectif : dénoncer la marchandisation croissante du système éducatif », explique Pierre*, membre du collectif du contre-G8 à Dijon. Et de continuer : « Jeudi 05 et vendredi 06 mai, nous nous réunirons pour réfléchir ensemble à ces problématiques, parallèlement au Sommet des universités. Samedi 07 mai, la journée sera plus offensive avec une assemblée plénière le matin et une manifestation l’après-midi ». Et les Blacks Blocs ? « François Rebsamen a beau invoquer notre sécurité pour annuler le sommet, nous ne nous sentons pas menacés du tout par les Black Blocs ! », commente Pierre.

Ce militant membre du contre-G8 s’attend pourtant à ce que « le sommet d’opposition soit interdit ». Et de préciser : « La présidente de l’université de Bourgogne (ndlr : Sophie Béjean) déclarait être « tout à fait favorable » à l’organisation d’un contre-sommet car, selon ses dires, « cela permet à la communauté universitaire de s’emparer de ces sujets et de leur donner une expression complémentaire, au-delà des seuls présidents et recteurs ». Parce que nous pensons que l’université doit être un lieu ouvert, formant à l’esprit critique, à la réflexion, nous appelons la présidente à honorer ses promesses pour que cette « excellente initiative » puisse se dérouler dans les meilleures conditions ». Selon Pierre, « l’insécurité naîtra justement de l’interdiction et de la répression ».

A deux semaines de l’événement, la question du lieu de rencontre des présidents d’université comme celle de la sécurité se posent toujours à Dijon. En attendant, « tout les militants de France et d’Europe ont pris leur billet de train et comptent bien nous rejoindre », conclut Pierre. L’on peut donc s’attendre à ce que l’annulation du Sommet international des universités Dijon n’ait pas l’effet escompté en terme de sécurité…

*Par souci d’anonymat, l’identité a été modifiée.

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