Côte-d’Or : A quand le règne des femmes ?

A l’occasion de leurs assemblées générales lundi 23 mai 2011 à Dijon, le Medef et l’UIMM de Côte-d’Or ont décidé de mettre en lumière les femmes d’influence et de pouvoir. Près de 250 participants ont ainsi assisté à cette soirée animée par la journaliste indépendante Emmanuelle Dancourt* tandis qu’avec humour, intelligence et humanité, seize femmes démontaient un par un tous les clichés et préjugés entourant le monde de l’entreprise et de la politique…

Au fait, s’estiment-elles comme des femmes d’influence et de pouvoir ?…

Certaines oui, d’autres pas du tout ! Mais toutes soulignent l’importance de l’influence.  »Oui, je me vois aujourd’hui comme une femme d’influence et de pouvoir », reconnaît Aline Morancho, directrice régionale de la Caisse des dépôts et consignations. Véronique Morlighem, directrice régionale de France télécom Bourgogne n’aime pas le mot pouvoir.  »Par contre, ma fonction, mon passé, mes connaissances du groupe et des sujets me permettent d’orienter des décisions. Dans ce sens-la, oui, j’ai de l’influence », estime-t-elle.

Anne-Catherine Loisier, vice-presidente du conseil général de Côte-d’Or et maire de Saulieu, ne se reconnait pas dans la notion d’influence :  »En tant que politique, je suis plus dans l’action, dans l’exercice véritable du pouvoir. Nous sommes élus par rapport à un programme, par rapport à des projets de société. Et quand nous sommes élus, nous devons être à l’écoute de nos concitoyens, essayer de comprendre, d’analyser leurs besoins et d’y répondre le mieux possible ».

Sophie Jugie, directrice du musée des Beaux-arts de Dijon, est elle au service des élus :  »Je ne décide de rien ».

La séduction : outil principal de la réussite ?

Véronique Morlighem répond :  »J’irai  toujours droit, fidèle à moi-même. S’il y en a qui couchent pour y arriver, tant mieux pour elles ! ». Anne-Catherine Loisier souligne  »qu’il y a certainement des paramètres de séduction, mais il faut très vite assurer ! ». Véronique Morlighem ajoute que  »pour réussir dans le monde professionnel, il faut surtout avoir une bonne dose d’humour »…

 »Les femmes sont un sujet dont on parle beaucoup. Depuis la fin 2010, la parité fleurit dans les journaux ; on a l’impression que c’est un phénomène de mode. Mais je pense qu’il y a quand même une tendance de fond ; j’espère que le phénomène va être durable. Les talents féminins dans la vie économique sont insuffisamment reconnus », estime Odile Barbe, présidente déléguée à l’enseignement supérieur et présidente de l’association des Femmes diplômées d’expertise comptable administrateurs.

Catherine Troubat, gérante des Anis de l’Abbaye de Flavigny explique :  »Sur vingt-sept personnes nous avons sept hommes. J’ai une directrice commerciale et une directrice de production et il s’agit d’un métier très masculin. En ce moment, nous sommes en train de former nos opératrices – les dames qui se chargent du conditionnement à réparer la mécanique des machines de conditionnement ». Véronique Morlighem abonde dans le même sens :  »Nous sommes fortement engagés à signer des chartes de parité et de mixité pour aider les jeunes femmes à accéder aux métiers techniques ».

Plus d’intuition que de réflexion ?…

Danielle Lebrun, directrice d’établissement de Dijon Sagem défense sécurité (groupe Safran ) est claire sur ce sujet :  »On réussit avec ses compétences et ses convictions ! » Isabelle Notter, directrice régionale de la Direccte explique  »qu’une décision doit être basée sur une analyse ! Il faut un minimum de rationalité. Je m’appuie plutôt sur ça que sur l’intuition. Je n’ai jamais utilisé le charme ».

D’autres femmes assument pleinement l’usage de leur intuition.  »On réussit grâce à l’intuition je dirais. Quand on croit en quelque chose et qu’on utilise le charme ou autre chose, le plus important est que ça aboutisse, non ? », estime Safia Otokoré, 2eme vice présidente en charge du développement à l’international et des sports au conseil régional de Bourgogne. Corinne Perret, directrice d’Oséo Bourgogne, rappelle que  »les hommes jouent aussi de leur séduction. Ce n’est pas uniquement propre aux femmes, les hommes vont aussi jouer avec leurs charmes ».

 »Dans le milieu banquier, il y a très peu de femmes, surtout dans les niveaux élevés. Je pense que c’est important d’avoir de l’intuition pour pouvoir anticiper et pour essayer de comprendre comment l’homme va réagir. Les émotions, c’est important de les avoir mais pas trop parce que nous les femmes, on est vite submergées par nos émotions. Et je dirais charisme plutôt que charme », estime Nazha Sbai, directrice exécutive de la Caisse d’Épargne Bourgogne Franche-Comté

Des femmes d’exception ?

 »Non, nous ne devons pas être des exceptions, nous devons montrer le chemin ! J’espère que nous toutes sommes des exemples pour les générations à venir et nous ne devons pas être des exceptions », explique Corinne Perret.  »J’éprouve beaucoup de fierté pour ce que je fais, pour la mission que j’exerce. Je souhaite qu’on soit plus nombreuses. Je trouve parfois une certaine solitude à me retrouver la seule femme dans de nombreuses réunions », admet Anne Boquet, préfète de Bourgogne et de Côte-d’Or.

Véronique Morlighem répond positivement à la mesure des quotas. Odile Barbe explique que  »la France est aujourd’hui à la 8eme place du classement des femmes au conseils d’administration. Le premier pays est la Norvège qui a instauré les quotas il y a huit ans. Et aujourd’hui, nous remarquons l’impact positif des quotas ». Isabelle Vray Echinard est elle contre la mesure de quotas:  »Quand on prend la direction d’une entreprise, ce n’est pas le genre qui va compter, ce sont plutôt les compétences et la posture qu’on va avoir par rapport à l’ensemble de l’organisation. »

Saad Hammad Smiej, consule générale du Royaume du Maroc, pense que  »le quota est une mesure discriminatoire mais positive, qui aide à changer la mentalité. Mais c’est par les compétences qu’on doit avancer, faire nos preuves et ouvrir le chemin aux autres femmes ». Corinne Perret estime  »qu’aujourd’hui, il faut encore donner un coup de pousse pour faciliter l’accès des jeunes femmes dans les carrières professionnelles pour aboutir à des postes de cadres dans tous les secteurs. Et ce n’est pas totalement gagné ! ».

La femme, un homme comme les autres ?

« Non ! », affirme Danielle Lebrun.  »On doit prouver deux fois plus, surtout quand on commence en politique, estime Safia Otokoré. Saad Hammad Smiej confirme ce jugement en l’accentuant même :  »Je dirai trois à quatre fois plus qu’un homme ! La société est plus exigeante envers une femme qui occupe un poste plutôt qu’un homme au pouvoir ».

Corinne Perret occupe son premier poste de management parce qu’il fallait prouver que ses supérieurs avaient bien fait de la choisir elle :  »J’ai peut-être un management très doux, très consensuel, mais parfois il faut savoir trancher. Savoir dire non. Ne pas se laisser marcher sur les pieds, à la fois en interne et en externe ».

Isabelle Notter admet que pour elle, le plus difficile était de recueillir les compétences nécessaires pour occuper sa place d’aujourd’hui.  »Je pense qu’ils m’ont nommée à cause de mes qualités managériales – plutôt que techniques -, pour ma capacité à faire travailler les gens ensemble ».  »Au début de ma carrière, c’était le plus dur, explique Nazha Sbai. Il a fallu que je m’affirme, que je fasse mes preuves et en même temps, ça a coïncidé avec l’arrivé de mes enfants. Il était difficile de gérer cette volonté d’évoluer professionnellement et être une mère ».

Finalement, elles ont réalisé leur rêve d’enfant

Nazha Sbai admet que déjà à l’age de treize ans, elle voulait travailler dans une banque :  »Peut-être parce qu’ils étaient bien habillés ou parce que c’était prestigieux ! Et voilà : je pense avoir réalisé mon vœux et je suis très fière du niveau où je suis parvenue aujourd’hui ».  »Je viens du Nord du Maroc et toutes les femmes qui m’entouraient étaient des femmes braves. J’ai été inspirée par un modèle de femme très dynamique, très active. Quand j’étais petite, je voulais toujours aider les autres. Aujourd’hui, j’estime que j’ai réussi dans mon projet de vie. Je suis la deuxième femme consule en France sur les seize consuls que nous avons en France », conclut Saad Hammad Smiej.

* L’assemblé générale a été ouverte par Anne Kermarrec, secrétaire générale du Medef Côte-d’Or, et Véronique Guillon, délégué générale de l’UIMM Côte-d’Or. La présidente du Medef, Laurence Parisot, est intervenue par message vidéo en début de soirée, soulignant l’importance de la mixité à tous les niveaux et dans toutes les instances : « Mixité des genres, des générations, de l’éducation, des parcours, des origines. Cette mixité nous permet d’être plus créatifs, plus audacieux, plus généreux, et de savoir intégrer la diversité du monde d’aujourd’hui ». Deux tables rondes ont permis aux seize femmes en présence de débattre sur le rôle des femmes dans l’entreprise et dans la société civile.

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