Une cinquantaine d’enseignants des lycées agricoles publics se sont réunis jeudi 19 mai 2011 place de la Libération à Dijon pour défendre la survie des lycées agricoles public bourguignons. Une manifestation orchestrée par les syndicats SNETAP-FSU, SFDT et la Force ouvrière…
Entre fermetures de lycées et surcharge de classes…
»Nous avons constaté les conséquences du choix budgétaire fait pour 2012, ce qui nous annonce une rentrée difficile. Nous serons obligés de refuser des élèves qui ont choisi de venir en enseignement agricole public. Nous n’avons plus des possibilités d’offrir d’options à nos élèves. Nous sommes obligé d’engager des vacataires de l’extérieur au lieu de gens qui sont en contrat à temps partiel et qui pourrait augmenter leur temps de travail », résume Evelyne Goulian, enseignante au lycée agricole de Quetigny et secrétaire régionale adjointe du SNETAP-FSU.
Leur demande est simple : pouvoir accueillir les élèves qui veulent entrer en lycées agricoles et si besoin la création de postes pour pouvoir accueillir ces élèves. Evelyne Goulian explique que les discussions avec le service régional de la formation sont en cours et ils espèrent obtenir ce qu’ils demandent : »Si nous voyons qu’il n’y a pas des possibilités de dialogue, on risque de boycotter ses instances consultatives puisqu’a priori leur but est de faire mieux pour les élèves. Et si ce n’est pas le cas, à quoi bon participer à ces instances ? », se demande Evelyne Goulian. Elle explique »que l’enseignement agricole n’est pas la seule prérogative des lycées agricoles : ils ont pour but l’animation du territoire rural et la dynamique des territoires ruraux. Ces mesures veulent dire que nous allons accentuer les désert ruraux ! »
Anne Charlotte, professeur de mathématique au lycée agricole de Mâcon-Davayé déclare que »l’enseignement agricole a une mission de service public et, finalement, on ne l’assume plus : on refuse des élèves, on ferme les options, on regroupe les classes. Tout ce qui faisait notre qualité, nous le perdons. Nous sommes obligés, au lieu de deux classes d’une vingtaine d’élèves de faire une classe de 36. Effectivement, ça utilise moins de moyens mais on ne fera pas du tout le même enseignement à 36 élèves que deux fois à vingt ! »
Il y a deux ans, deux sites ont été fermés en Bourgogne. Aujourd’hui, le lycée de Châtillon-sur-Seine risque de fermer une classe. »Ce qui me scandalise, c’est qu’on se sert une fois de plus du service public au détriment d’intérêts privés. Il faut avoir une vision globale. Je trouve que c’est affligeant quand on voit la bonne santé des banques comme la BNP, la Société Générale et c’est à cause de règlements financiers de ces organismes-là que nous sommes obligés de nous serrer la ceinture pour ce bien public qui est l’enseignement. Que ce soit l’enseignement général ou l’enseignement agricole. Ce n’est pas à nous et à nos enfants, à notre éducation de payer cette casse, ce désordre financier », déclare Marcel, professeur d’écologie au lycée agricole à Mâcon-Davayé.
L’enseignement agricole, « un projet pédagogique unique »
»C’est vraiment un enseignement atypique avec beaucoup d’extériorisations, de projets, de pédagogie du projet », explique Sandrine, professeur d’éducation socio-culturelle au lycée agricole de Quetigny. Marcel ajoute que »l’enseignement agricole est le seul enseignement qui met en avant les valeurs de l’enseignement et de l’écologie. Nos élèves ont une réelle formation sur les enjeux environnementaux de notre société et de notre planète ».
»Le dogme de remplacer un fonctionnaire sur deux, c’est aussi d’écraser toutes ses spécificités et tout ce qui fait qu’on arrive à proposer un enseignement adapté à des élèves qui ne seraient, par ailleurs, pas destinés à faire des études ou à obtenir un diplôme. C’est vraiment dommage de voir que la logique comptable prend le dessus », déclare Sandra, enseignante en éducation socio-culturelle. »Aujourd’hui, c’est une matière, un collègue, qui est concerné. Et demain, ça sera peut-être moi », craint Sandrine. »Je viens d’arriver dans l’établissement. C’est vrai que s’il y a une restructuration, je serai le premier à partir puisque je suis le denier arrivé. J’ai intérêt que ça marche. Je fais des démarches dans les collèges pour que notre enseignement soit connu. Mais ce n’est pas mon métier, je ne suis pas commercial », explique pour sa part Marcel.
Delphine, enseignante en français au lycée agricole à Châtillon sur Seine, résume le problème : »les décisions sont prises sans nous demander notre avis. Nous sommes obligés de subir ce que la direction choisit, ce que la région choisit, et ils ne nous demandent pas notre avis. Les effectifs augmentent, des classes sont supprimés et peut-être allons-nous être mutés un peu partout en France. Non ! Nous voulons rester chez nous, dans notre région et garder nos élèves, nos classes et nos établissements ! ».
