A l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse, une trentaine d’éditeurs de presse et journalistes bourguignons se sont réunis mardi 03 mai 2011 au square Darcy, devant l’arbre de la liberté de la presse planté symboliquement voilà quelques années. Ils ont posé tous ensemble derrière deux banderoles : l’une soutenant Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, nos confrères de France 3 National retenus en otage en Afghanistan depuis 490 jours (à la date du 03 mai 2011) ; l’autre arborant le slogan « Touche pas à mon info », militant en faveur d’une information libre et indépendante. Ils ont également annoncé la création prochaine d’un conseil de surveillance de la presse en Bourgogne, destiné à recenser et dévoiler « les agressions des prédateurs de la liberté de la presse »…
L’union ferait-elle la force ?…
Organisée à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF) – représenté par Thomas Barbier, directeur de la Gazette de Cote-d’Or -, de la fédération des magazines « Régionaux Indépendants » – via Dominique Bruillot, directeur de Bourgogne Magazine -, et du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) – représenté par Sabine Torres, directrice de dijOnscOpe -, cette manifestation a tenté de dénoncer le climat de tensions malsaines entourant l’exercice de la profession, la situation des journalistes dans le monde étant particulièrement inquiétante, celle des Bourguignons n’étant guère reluisante.
En effet, comme le souligne Thomas Barbier, représentant de RSF, depuis quelques temps déjà, l’association « reçoit de multiples plaintes et informations relatives à la liberté d’informer en Bourgogne, et plus particulièrement à Dijon. Pressions diverses sur les journalistes, les rédactions et patrons de presse, menaces, chantages publicitaires, malversations et bien d’autres ». Une situation « intolérable et inacceptable dans un pays démocratique », « des pratiques malhonnêtes et d’un autre âge », même si elles n’ont aucune commune mesure avec les exactions commises contre nombre de nos confrère ailleurs dans le monde.
Au-delà de ces problématiques purement locales et régionales, les organisateurs de l’évènement ont fait un point sur la situation de la liberté de la presse au niveau international. Rappelons que selon les chiffres officiels, 151 journalistes sont emprisonnés à travers le monde, sans compter les 128 contributeurs à l’info appelés « net-citoyens ». RSF de rappeler que 57 journalistes ont été tués en 2010 dans l’exercice de leur droit d’informer. Toujours selon RSF, « plusieurs pays ouvertement en guerre, théâtres d’un conflit larvé ou d’une guerre civile (Afghanistan, Pakistan, Somalie, Mexique) voient des situations de chaos se pérenniser, s’ancrer une culture de la violence et de l’impunité où la presse est une cible privilégiée ».
Inquiétude en Bourgogne…
Dans son édition du mardi 03 mai 2011, France 3 Bourgogne rappelle qu’en France aussi, « gardes à vue de journalistes, perquisitions ou cambriolages dans les rédactions et autres écoutes téléphoniques ont fait dégringoler notre pays à la 44ème place au classement mondial établi par Reporters sans frontières » (Lire l’article ici).
De fait, les éditeurs de presse et journalistes en présence ont partagé leurs inquiétudes grandissantes concernant l’exercice quotidien de leur métier en Bourgogne, inquiétudes recensées par les organisateurs :
– Pressions auprès des responsables de médias afin qu’ils licencient ou tempèrent leurs journalistes.
– Menaces et retrait de marché publicitaire.
– Pressions sur des annonceurs afin qu’ils ne communiquent pas dans certains médias.
– Huissier demandant le retrait d’informations sur le site Internet d’une radio.
– Pressions sur des journalistes afin qu’ils dévoilent leurs sources.
– Cambriolage d’une rédaction avec vol d’outils informatiques.
– Pressions sur des points de ventes afin qu’ils arrêtent la diffusion d’un média local.
Et tous de dénoncer ces véritables attaques à liberté de la presse et à la liberté d’expression, qu’ils ne supportent plus.
Création d’un conseil de surveillance de la presse régional
Puisque « la liberté de la presse ne doit souffrir d’aucun compromis », RSF, le Spiil et les Régionaux Indépendants ont proposé à l’ensemble des éditeurs et journalistes de la région de se mobiliser autour d’un conseil de surveillance de la presse en Bourgogne, où un représentant de chaque média pourra être représenté. « Toutes les agressions des prédateurs de la liberté de la presse seront recensées et dévoilées en octobre et en mai de chaque année à travers une conférence de presse ». La première réunion de ce conseil est prévue en mai ; tous les confrères locaux et régionaux seront conviés à intégrer cette instance de contrôle des pressions exercées sur les médias, mais aussi de régulation des pratiques internes à la profession.
A noter enfin qu’une demande officielle a été faite à la mairie de Dijon afin que la banderole « Touche pas à mon info » puisse être affichée sur les grilles de l’hôtel de ville, place de la Libération, durant quelques jours. Réponse officielle : « Nous sommes d’accord sur le principe, à condition que les autres institutions comme le conseil général de Côte-d’Or, le conseil régional de Bourgogne et la préfecture de Bourgogne arborent la même bannière au même moment ».
En attendant que tous les violons protocolaires veuillent bien s’accorder, la banderole est donc remisée au placard…