Côte-d’Or : Menace sur la démocratie au conseil général ?

Vous resterez dans l’histoire du conseil général comme son président le plus sectaire ! ». Cette phrase, adressée par l’opposition à François Sauvadet, président du Département, a donné le ton des débats politiques qui ont animé la session du conseil général, jeudi 21 avril 2011… Raisons de cette colère contre le président UMP-Nouveau Centre ? Sur décision arbitraire de la majorité, l’opposition n’aurait plus de représentants dans les organismes extérieurs tels que les conseils d’administration des collèges. Un débat épineux, tout comme celui concernant les indemnités des conseillers généraux, soumises au vote lors de cette session…

La gauche exclue des collèges ?

Ce vote à bulletins secrets a pris l’allure d’un marathon. Jeudi 21 avril 2011, les conseillers généraux étaient appelés à se prononcer pour ou contre la nomination de représentants du Département dans des organismes extérieurs tels que le Conseil départemental de l’éducation nationale (CDEN), le conseil d’administration d’Orvitis ou encore celui des collèges… Seul hic pour l’opposition : elle ne sera plus représentée dans ces organismes extérieurs. La raison invoquée par la majorité départementale ? « Pendant les trois dernières années, l’opposition n’a pas porté le discours du conseil général et nous avons eu des attaques en règle dans certains établissements. J’ai donc proposé que seuls les représentants de la majorité départementale incarnent la politique que nous conduisons », explique François Sauvadet, président du conseil général de Côte-d’Or.

« Je voudrais rappeler une seule chose : le groupe des Forces de progrès est très nettement majoritaire en voix sur le Département donc, quand vous maltraitez comme vous le faites des élus de notre groupe, vous maltraitez la majorité de la population de Côte-d’Or. Qui plus est, quand vous voulez inaugurer une nouvelle ère de ce Département, je tiens à préciser que vous resterez surtout dans l’histoire comme son président le plus sectaire, celui qui a éliminé les conseillers généraux élus dans leurs territoires de la représentation dans un certain nombre d’organismes – notamment les collèges. Comment est-ce que les habitants des cantons que nous représentons vont considérer qu’ils sont représentés dans le conseil d’administration de leur collège par un élu de droite battu lors de la précédente échéance électorale ? Il faudra m’expliquer ce que la démocratie va y gagner.

Ce qui va se passer, en réalité, c’est qu’à 23, vous serez incapables de siéger dans tous les conseils d’administration. Quand on voit l’absentéisme, ne serait-ce qu’en commission interne du conseil général, on se demande bien ce que ça va donner dans les conseils d’administration des collèges ! Est-ce que c’est un bon signe pour les parents d’élèves ? Pour l’équipe pédagogique ? Les familles ? Vous assumez ce choix, nous le ferons connaître. En tout cas nous pensons que c’est inadmissible ».

  • La réponse de François Sauvadet, président du conseil général

« Je trouve votre analyse très préoccupante, qui vise à considérer que nos élus ne seraient pas légitimes. Ceux qui l’ont été dans leur canton, l’ont fait suivant des règles du jeu qui existent depuis des décennies : remettre continuellement en cause les modes de scrutin pour expliquer son échec, ce n’est pas digne d’un comportement responsable. Cela dit, puisque vous ne cessez de nous dire que, lors des dernières élections, nous aurions été minoritaires en voix par rapport à vous, je me suis livré à un rapide calcul. J’ai constaté que la majorité a obtenu 31.977 voix pour 31.406 voix aux candidats des Forces de progrès. Donc je vous le dit tout net : je ne rentrerai plus dans ce débat désormais pour les trois prochaines années car il a été clos, par les électeurs eux-même.

Vous me parlez d’absentéisme mais au contraire, j’ai souhaité que les commissions soient très vivantes et je veillerai à ce que chacun assume ses responsabilités. Vous m’avez dit ensuite que, compte-tenu du fait que la majorité se compose de 23 personnes, il sera très compliqué d’assurer la représentation dans les collèges. Je vous ai transmis une proposition que je réitère : faites en sorte que tous les suppléants soient des élus du territoire. Si, comme vous le dites, la majorité est absente des collèges, vous n’aurez qu’à siéger en tant que suppléant ! ».

Le muséoparc Alésia, « outil politique » selon l’opposition

Lors d’une conférence de presse tenue lundi 11 avril 2011, François Sauvadet annonçait que l’ouverture du muséoparc Alésia, prévue initialement en juin 2011, était repoussée à mars 2012 (Lire ici notre article)… Un geste que l’opposition attribue à l’opportunité politique que représentait, avant les élections cantonales de mars 2011, l’annonce d’une ouverture pour l’été.

  • La réaction d’Yves Courtot (Forces de progrès), conseiller général sur le canton de Pouilly-en-Auxois

« Au sujet de la décision unilatérale du président du conseil général de reporter l’ouverture du centre d’interprétation du Muséoparc d’Alésia, les conseillers généraux des Forces de progrès s’interrogent quant à la sincérité des motivations de la décision, dans la mesure où les difficultés liées au chantier étaient connues depuis plusieurs mois. Le groupe des Forces de progrès dénonce donc une décision opportunément prise dès le lendemain des élections cantonales, alors même que le projet d’ouverture imminent du Muséoparc a largement servi les intérêts de la majorité départementale pendant la campagne électorale – notamment par distribution de plus d’un millier d’invitations aux agents du conseil général.

Nous condamnons l’absence totale de concertation préalable avec les conseillers généraux au sujet du report de la date et des modalités d’ouverture. Nous déplorons une telle décision, qui impactera pourtant de manière très importante l’économie de l’hôtellerie, de la restauration, des commerces et des autres sites touristiques du département. Nous nous indignons de voir l’ouverture officielle repoussée au mois de mars 2012, en pleine précampagne présidentielle. Les conseillers généraux demandent à ce que le président revienne sur sa décision et s’engage à ce que tout soit fait pour que l’ouverture soit organisée dès l’automne 2011, au moins pour les collèges et lycées de Côte-d’Or ».

  • La réponse de François Sauvadet, président du conseil général

« J’étais en train de vérifier dans le règlement de notre assemblée et je remarque que cette déclaration politique a un intérêt… politique. Si je me laissais aller, je dirais le fond de ma pensée au sujet de ce message, que vous avez présenté comme un vœu. J’ai des responsabilités, je les assume, c’est pourquoi j’oppose à votre remarque une fin de non-recevoir car elle concerne exclusivement la responsabilité du conseil général de Côte-d’Or. Jusqu’à preuve du contraire, monsieur Courtot, il faut vous faire à l’idée qu’il y a un président de l’exécutif départemental. Il m’appartient de prendre des décisions que j’entends assumer pleinement ».

Quelle issue pour l’éducation en Côte-d’Or ?

311 postes d’enseignants seront supprimés à la rentrée 2011 dans l’académie de Dijon, dont 125 dans le cycle primaire et 186 dans le secondaire (Lire ici notre article sur le sujet). D’une manière générale, cette coupe dans les effectifs intervient après l’annonce faite par Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, de supprimer 16.000 postes dans le cadre d’un « schéma d’emplois 2011-2013 » qui concerne tous les enseignants au niveau national (Lire ici l’article du Monde.fr)…

« La suppression de 16.000 postes dans l’Éducation nationale à la rentrée 2011 va se traduire par des fusions d’écoles, des fermetures de classes et le problème des non-remplacements sera encore plus présent. C’est aujourd’hui la qualité de l’enseignement et l’accès des élèves au service public de l’éducation qui est menacé. En Côte-d’Or, 64 classes seront fermées. Vous savez aussi que les réseaux d’aide spécialisée pour les enfants en difficulté sont mis en danger, que la scolarisation des enfants handicapés est également difficile et n’est pas effective partout…

Il s’agit aujourd’hui de défendre notre conception républicaine du service public de l’Éducation nationale et de rappeler aux partisans de l’ignorance et de la certitude érigées comme normes que le savoir est l’une des conditions d’existence qui permet de garantir la liberté de chacun. Il s’agit de défendre une République de tous les possibles, celle qui assure l’égalité des enfants quelle que soit leur origine sociale. Cette école nous offre la liberté, elle est le fondement de notre démocratie ».

  • La réponse de François Sauvadet, président du conseil général

« C’est bien, ce que vous avez dit sur l’école. Simplement je vous invite à réfléchir au chapitre de l’ignorance. Vous savez, quand l’on croit savoir et que l’on creuse derrière, au fur et à mesure que la connaissance avance, l’on accède à un puit sans fin qui est l’accès au savoir. Et ça, monsieur Grandguillaume, ce n’est pas aussi simple comme concept. Mais peut-être qu’avec l’âge, vous aurez un peu plus de perspective… ».

  • La position de Catherine Louis (Initiatives Côte-d’Or), conseillère générale sur le canton de Saint-Seine-l’Abbaye

« En ce qui concerne la baisse d’effectifs en milieu rural, le conseil général de Côte-d’Or s’engage pour la scolarisation en favorisant le regroupement de classes isolées sur un même site, par la création de pôles scolaires dans les communes de moins de 2.000 habitants. 17 pôles scolaires ont ainsi déjà été réalisés et plusieurs sont en projet. Toutefois, les conseillers généraux de la majorité départementale ne souhaitent pas que les subventions accordées financent les pôles scolaires qui ne bénéficieraient plus du nombre d’enseignants nécessaires à leur activité ».

→ Session du jeudi 21 avril 2011 l Les rapports du conseil général en bref

La situation hydrologique du département l Depuis le mois de janvier 2011, la pluviométrie accuse un « très fort déficit » en Côte-d’Or, selon les observations de Météo France et l’analyse des services départementaux. Elle se traduit par de fortes baisses des niveaux des nappes et des rivières et suscite les interrogations suivantes, listées dans le rapport :

  • Alimentation en eau potable –« Les petits captages, très sensibles aux épisodes de sécheresse, risquent d’éprouver des difficultés qualitatives et quantitatives. Ces difficultés d’approvisionnement en eau potable nécessiteront vraisemblablement des restrictions et une sensibilisation de la population pour mieux contrôler la consommation d’eau ».
  • Assainissement –« Une forte baisse du niveau des rivières les rendra très sensibles aux rejets des stations d’épuration. Un déséquilibre biologique est à craindre ».
  • Abreuvage du bétail –« L’abreuvage du bétail est généralement opéré dans les ruisseaux, cours d’eau ou petites sources de coteaux. Nombre de ces points d’eau seront affectés par la baisse du niveau des aquifères et par l’assèchement des sols. Le recours au transport d’eau par citerne est une opération préoccupante et coûteuse pour les agriculteurs. Des restrictions d’eau sont à craindre ».
  • L’irrigation des cultures – « Un problème sérieux pourrait se poser et affecter ainsi la production végétale ».

Fiscalité directe locale 2011 l Les taux d’imposition en Côte-d’Or ont augmenté de 2,9% en 2010. « L’ajustement annuel des taux permet de contenir la pression fiscale à des niveaux mesurés et, en matière de taxe foncière sur les propriétés bâties, le taux de 12,26% est le plus bas des quatre départements bourguignons », remarque le rapport. 2011, première année de mise en œuvre de la réforme fiscale au niveau local, verra ainsi la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) instaurée et l’impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux (IFER) aménagé. En tout, le produit de la fiscalité directe et les dotations issues de la réforme rapporteront 187.173.997 euros au Département.

Les indemnités de fonction des conseillers généraux l Au total, 119.099,55 euros sont versés par le Département pour indemniser ses représentants.

  • François Sauvadet, président : 5512,11 euros.
  • Alain Houpert, François-Xavier Dugourd, Hubert Brigand, Jean-Pierre Rebourgeon, Anne-Catherine Loisier, Emmanuel Bichot, Ludovic Rochette, Marc Patriat, Claude Vinot, Gilbert Menut, Denis Thomas et Nicolas Urbano, en tant que vices-présidents : 3193,22 euros.
  • Tous les autres conseillers généraux touchent 2508,96 euros.

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