CHU de Dijon : « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre »…

Après plusieurs années de travaux, le Centre hospitalier universitaire de Dijon s’est façonné un nouveau visage. Avec l’achèvement de la première phase du projet – la plus conséquente – les patients ont commencé à affluer sur le site et certains ont déjà reçu les premières factures… avec quelques surprises ! Interviewé par dijOnscOpe, Pierre-Charles Pons, directeur du CHU, justifie la nouvelle tarification du Bocage central…

Brancard ou chambre individuelle ?

Étendu sur huit niveaux, le projet Bocage central devrait permettre de mettre en service 1.664 lits sur l’ensemble du Centre hospitalier universitaire. Les chambres individuelles sont privilégiées et conçues pour répondre, selon les documents du projet, « à un hébergement accueillant et ergonomique mais également aux contraintes de sécurité et d’hygiène ». Ainsi, chaque chambre comprend une douche et un WC suspendu pour le coin sanitaire, mais aussi deux ou trois chaises, une table, une penderie, un téléviseur ou encore un fauteuil par patient pour la partie à vivre. Un tel confort, étrangement, irrite plusieurs patients déjà hospitalisés dans le nouveau bâtiment… Explications : ces derniers dénoncent une facturation, en catimini, d’un surplus engendré par l’occupation d’une chambre individuelle.

Depuis plusieurs jours, les services administratifs de l’hôpital feraient donc face aux mécontentements des patients. C’est en tout cas l’avis de Frédérique Mugnier, cadre de santé et syndicaliste à la CGT. « Nous avons eu les mêmes échos », assure-t-elle avant de revenir sur l’histoire de ce patient admis en surnombre : « Même si aucun lit n’est disponible, on admet les gens à l’hôpital. Dans ce cas précis, la direction a demandé au cadre de mettre le patient dans un lit virtuel pour la facturation. Ainsi, bien que couché dans un brancard, on lui demandait de payer le forfait pour une chambre particulière ! ». 

Une compensation financière

Un cas qui resterait néanmoins exceptionnel… En revanche, Pierre-Charles Pons, directeur du centre hospitalier universitaire de Dijon, justifie la nouvelle politique tarifaire : « L’ouverture du Bocage central a amené une hausse sensible du niveau de l’hôtellerie pour le CHU et donc des frais non négligeables. Nous avons dû créer vingt postes d’agents des services hospitaliers (ASH) pour l’entretien, pour un coût annuel de 600.000 euros ». A l’image de ce qu’il se fait dans d’autres hôpitaux, cette tarification particulière a donc été mise en place dès la fin 2010 à la maternité et sera étendue au fur et à mesure de l’ouverture des nouveaux services.

« Nous nous situons dans la moyenne basse des CHU », se défend Pierre-Charles Pons, qui cite comme exemple Besançon et Poitiers : en effet, ces derniers dégagent respectivement un et trois millions d’euros de recettes propres liées à l’exploitation de chambres individuelles, contre 90.000 euros pour Dijon en 2010. Dans le cas de Poitiers, cette somme représente 0,8% du budget global d’exploitation de 390 millions d’euros.

Pour Frédérique Mugnier, le constat est simple : « Le CHU cherche à gagner l’argent que l’État ne lui donne pas »… Mais de s’insurger lorsque le directeur aborde le sujet des embauches : « L’entretien est en train d’être privatisé. Actuellement, l’entreprise Id’ées 21 s’en occupe, ce qui ne correspond pas aux besoins des services, en attendant que le grand appel d’offres européen soit conclu ».

41 euros pour une chambre individuelle

Cette facturation de 41 euros par jour est perçue comme une « ségrégation » par la syndicaliste : « Les patients sont soignés selon leur porte-monnaie. Nous sommes bien entendu pour les chambres individuelles mais contre la facturation ». Pierre-Charles Pons explique pour sa part ne pas avoir le choix : « Nous avons des charges, des dépenses supplémentaires à couvrir ». Ce dernier précise également que la totalité du service n’est pas facturé, auquel cas le chiffre pourrait s’élever à 60 ou 70 euros – il est d’ailleurs de 70 euros dans les cliniques Sainte-Marthe ou de Fontaine-lès-Dijon par exemple.

« Un courrier a été rédigé et est remis à chaque admission », précise en outre le directeur, avant de soulever l’hypothèse d’une défaillance du côté des services mais aussi du patient, qui ne prendrait pas le temps de tout lire. « En arrivant, les patients sont submergés de papiers et oublient pour beaucoup de lire celui-ci », considère pour sa part Frédérique Mugnier. Après avoir déjà abordé le sujet avec la direction, il semblerait qu’un affichage plus conséquent soit mis en place : « Il faut que ce soit plus visible. Puisque nous n’avons pas le choix, nous avons proposé une information plus conséquente dans les salles d’attente ou de façon orale à l’accueil ». Le directeur du CHU tient par ailleurs à préciser qu’en cas de force majeure – réanimation, risques infectieux, etc. – aucune augmentation ne sera comptabilisée.

Un « comble » pour Frédérique Mugnier, pour qui « il ne manquerait plus que l’on applique le tarif à des personnes en fin de vie et qui ont besoin, comme leur famille, d’intimité et de calme ». A l’époque de Bocage 62 – ancêtre du Bocage central -, certaines chambres pouvaient compter jusqu’à six lits. Pierre-Charles Pons de constater qu’aujourd’hui, chacun souhaite une chambre individuelle : « Mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : on s’étonne d’un truc qui existe partout ! ». 

Une réflexion sur “CHU de Dijon : « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre »…

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