Délimitation de l’AOC Bourgogne : Les raisons de la colère !

Les vins du Beaujolais ne seraient-ils pas de « vrais » Bourgognes ? Pourtant, depuis 1937, les viticulteurs beaujolais ont la possibilité de produire sous l’étiquette Bourgogne. Une situation qui n’est pas forcément du goût de tous. Si la querelle n’est pas nouvelle, elle prend désormais de l’ampleur avec la question de la délimitation géographique de l’appellation Bourgogne, encore jamais arrêtée. Alors que la phase de consultation relative cette délimitation a pris fin le 10 juillet 2011, l’association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais (APBB) – fraîchement créée – conteste l’un des critères retenus par les experts…

Le vignoble beaujolais fait-il partie de la grande Bourgogne ?

Pour Olivier Bosse-Platière, président de l’Association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais (APBB), « le vignoble beaujolais fait historiquement partie de la grande Bourgogne, au même titre que les Chablis ou les vins du Mâconnais. Comme eux, il a ses caractéristiques propres ». Lors de la création des appellations d’origine contrôlée (AOC), en 1937, les 96 communes du Beaujolais ont été inclues dans l’appellation Bourgogne.

En 1938, l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), chargé de délimiter les zones de productions agricoles susceptibles de bénéficier d’une appellation d’origine, devait procéder à la délimitation géographique du vignoble bourguignon. Mais dans le contexte de la guerre, celle-ci n’a finalement pas eu lieu. En 2007, en lien avec une demande de la Commission européenne, l’Inao réclame à toutes les AOC viticoles d’établir un cahier des charges plus précis, mentionnant notamment les limites précises du territoire concerné.

Au passage, le « syndicat » des vins de Bourgogne – appelé Organisme de défense et de gestion des vins de Bourgogne (ODG) – en profite pour demander que soit enfin procédé à la délimitation géographique de l’appellation Bourgogne. « Nous sommes favorables à la délimitation géographique mais celle-ci doit se faire sur des bases scientifiques. Le problème majeur est que les critères pris en compte ne sont pas les mêmes que dans les autres régions car aux critères d’ordre géologiques qui sont habituels, sont venus s’ajouter des critères d’usage. Ce que nous contestons », explique Olivier Bosse-Platière.

« Nous lui versons nos cotisations mais elle veut nous exclure… »

Conduite par l’Inao, la consultation relative à la délimitation géographique de l’appellation a duré deux mois et s’est achevée le 10 juillet 2011. D’après le viticulteur beaujolais, « la présentation du rapport de la commission de délimitation conduit notamment à une exclusion du Beaujolais de la production de Bourgogne rouge – cépage pinot noir – et de Bourgogne aligoté ; elle limite à 41 communes beaujolaises sur 96 concernées la possibilité de produire des Bourgognes blancs… L’ODG Bourgogne qui est notre syndicat et à qui nous versons nos cotisations, aurait dû nous défendre. Or, cela fait maintenant quatre ans qu’elle travaille contre nous », déplore Olivier Bosse-Platière.

A la veille de la date de clôture de la consultation, l’Association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais (APBB), créée en juin 2011, a donc déposé une réclamation auprès de l’Inao. Contacté par dijOnscOpe, l’ODG Bourgogne n’a pas souhaité communiquer sur le sujet, de même que l’Inter Beaujolais, qui représente les viticulteurs de cette région. De son côté, l’Inao travaille et devrait rendre ses conclusions à l’automne 2011, après les vendanges. L’organisme doit maintenant étudier les réclamations formulées par chacun avant de valider une aire définitive.

Jean-François Chapelle, viticulteur à Santenay (21) et membre de l’ODG Bourgogne, a accepté de donner son avis sur le sujet, mais à titre strictement personnel. « Un accord a été signé entre les représentants du Bourgogne et du Beaujolais en janvier 2010, qui a permis de lancer ensuite le travail de délimitation réalisé par des experts », explique le viticulteur côte-d’orien, qui avoue par ailleurs comprendre « les intérêts divergents et les positions individuelles qui s’expriment », en référence aux prises de position de l’association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais (APBB).

Renforcer la « bourgognité » du Beaujolais : une solution anti-crise ?

« Pendant longtemps, le Beaujolais se vendait plus cher que le Bourgogne rouge. Mais aujourd’hui, son image est écornée dans les vieux pays consommateurs, avec notamment un essoufflement du Beaujolais primeur », constate Olivier Bosse-Platière. Avec la crise du Beaujolais dans les années 1990 et surtout 2000, l’affaire a pris une tournure plus importante et des viticulteurs beaujolais ont été tentés d’arracher leurs vignes plantées en cépage gamay pour les remplacer par du pinot noir, cépage bourguignon.

« A l’instar des autres viticulteurs bourguignons, nous demandons à pouvoir nous replier sur l’appellation Bourgogne », argumente Olivier Bosse-Platière. Mais pour Jean-François Chapelle, « on ne peut pas étendre une AOC à l’infini ; il faut bien mettre des limites géographiques. Il importe également de favoriser un développement sain de la production de Bourgogne ». En effet, une production plus importante de Bourgogne pourrait entrainer une baisse des prix. Olivier Bosse-Platière balaye cet argument : « Que pèsent nos 18.000 ha de Beaujolais face aux 600 ha de  Bourgogne ? »

« Certes, il existe un litige qui porte sur le nombre de communes pouvant se prévaloir de l’appellation Bourgogne… Mais il s’agit d’un problème technique de nature purement viticole », tempère Michel Baldassini, président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, (BIVB) qui entend rester à bonne distance de la querelle. Pour l’heure, la balle est dans le camp de l’Inao, qui devrait se prononcer d’ici la fin 2011.

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