Après les études effectuées sur les agglomérations de Saône-et-Loire en 2008, de l’Yonne et de la Nièvre en 2009, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Bourgogne ont présenté, mardi 31 mai 2011, leur dernière analyse, intitulée : »Regards sur les quartiers du Grand Dijon ». Objectif de cette étude remise aux politiques locaux ? Leur donner les éléments concrets permettant la mise en place de politiques publiques cohérentes, améliorant notamment la mixité sociale sur le territoire du Grand Dijon…
93 quartiers analysés…
L’analyse porte sur 93 quartiers de neuf communes : Dijon, Chenôve, Talant, Quetigny, Chevigny-Saint-Sauveur, Longvic, Saint-Apollinaire, Fontaine-lès-Dijon, Marsannay-la-Côte. Ils regroupent 227.000 habitants, soit 93% de la population de la communauté d’agglomération du Grand Dijon. Sur l’ensemble du territoire, le nombre d’habitants est en légère hausse : +0,1% par an, soit 130 habitants de plus par an. Chenôve, Perrigny-lès-Dijon et Neuilly-lès-Dijon perdent des habitants, contrairement à Plombières-lès-Dijon, Ouges, Crimolois, Saint-Apollinaire, Magny-sur-Tille et Bressey-sur-Tille, qui marquent la hausse la plus élevée.
»Chenôve perd de la population depuis le dernier recensement en 1999. Il s’agit d’une zone urbaine sensible. À Dijon, les quartiers qui gagnent des habitants sont ceux du Nord de la ville, à proximité de la Toison d’Or. La baisse de la population est remarquée dans les quartiers Montchapet et Victor Hugo », explique Christine Lecrenais, chef de projet d’action régionale de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) de Bourgogne. Cinq quartiers sont définis comme cibles prioritaires de la politique du Grand Dijon : le Mail à Chenôve, le Belvédère à Talant, les Grésilles et la Fontaine d’Ouche à Dijon, et le centre-ville de Quetigny.
6 « profils » détectés…
Sur les neufs principales communes analysées, six profils socio-démographiques de quartiers ont ainsi été détectés : les quartiers des classes supérieurs, des retraités, des actifs salariés et des plus âgés, mais aussi les quartiers précaires et les quartiers intermédiaires-étudiants.
Par rapport à la catégorie sociale de la population active, les cadres et les catégories intermédiaires résident majoritairement dans le secteur Nord-Ouest, à Fontaine-lès-Dijon, au quartier Victor Hugo, à Montchapet, au centre-ville de Dijon, sans oublier les abords de l’université. Les employés et ouvriers occupent majoritairement les quartiers de la Fontaine d’Ouche et des Grésilles, à Dijon, ainsi que les villes de Chenôve, Longvic, Quetigny et Chevigny-Saint-Sauveur.
Au centre-ville de Dijon, dominent les logements collectifs en location. À côté du centre, se situent majoritairement les logements collectifs en propriété. Les communes autour de Dijon se caractérisent par des logements individuels en propriété. Les quartiers de la Fontaine d’Ouche et des Grésilles à Dijon, les quartiers du Mail à Chenôve et Belvédère à Talant représentent le plus grand nombre de logements sociaux.
18% de la population vit dans des quartiers aisés
Quels sont les quartiers les plus riches de l’agglomération ? Les secteurs Darcy, Victor Hugo, Montchapet, Jouvence, le secteur des allées du Parc, Champmaillot et le quartier Montagne Sainte-Anne à Dijon, Saverney à Fontaine-lès-Dijon, Montoillots-Logis-de-France à Talant, Champagne-Haute à Marsannay-la-Côte et Nord-Village à Saint-Apollinaire. Ces quartiers accueillent d’avantage de cadres et de chefs d’entreprises, soit 18% de la population du Grand Dijon. Leur revenu est supérieur à celui de l’ensemble des neuf principales communes et s’élève à 23.100 euros par an en moyenne. Les propriétaires de l’ensemble des logements représentent 57% des ménages. Les logement sociaux sont rares – 3% – et le taux de couverture des Caisses d’Allocations Familiales (Caf) et le taux de dépendance financière sont les moins élevés.
6% de la population vit dans les quartiers de retraités
La deuxième catégorie regroupe six quartiers de retraités et de propriétaires avec une moyenne de revenus de 21.600 euros par an, soit 6% de la population. Un tiers des habitants sont des retraités ; 78% des habitants de cette catégorie sont propriétaires de leurs logements. Le parc immobilier consiste majoritairement en des maisons individuelles (67%). Ces quartiers de retraités se situent tous à proximité des quartiers des cadres et chefs d’entreprises. Il s’agit des Valendons à Dijon, Vieux-Village et Saint-Martin à Fontaine-lès-Dijon, Vieux-Talant-Clinique à Talant, Le Bourg à Marsannay-la-Côte et Sud-Village à Saint-Apollinaire. Les indicateurs de précarité sont parmi les moins élevés.
29% de la population vit dans des quartiers âgés
29 quartiers sont identifiés comme quartiers plus âgés et regroupent 29% de la population. Ces quartiers sont présents dans toutes les communes, à l’exception de Fontaine-lès-Dijon. À Dijon, ces quartiers correspondent aux anciens faubourgs. Leur revenu moyen est de 18.700 euros par an. Les personnes âgées de 75 ans ou plus y sont plus fréquentes que dans les autres groupes et représentent 14% de la population, contre 8% pour l’ensemble du territoire analysé. L’habitat de ces quartier est diversifié, ce groupe incluant sept quartiers ciblés par la politique de la ville : York, Tire-Pesseau et Champ-Perdrix à Dijon, Boris-Vian-Triolet et Prévert-Plein-Ciel à Talant, Place-Centrale-Quetignerots-Pré-Bourgeot à Quetigny, et Parc-Poussots-Pommerets à Longvic.
Les salariés majoritaires dans 22 quartiers
Les salariés actifs avec peu de retraités sont majoritaires dans 22 quartiers qui se situent autour de la place de la République, à proximité de la Toison d’Or et du centre-ville de Dijon. Le territoire proche du Canal de Bourgogne et du Port du Canal fait partie de cet ensemble, auquel il faut encore ajouter la majeure partie des quartiers de Chevigny-Saint-Sauveur, le quartier Majnoni à Fontaine-lès-Dijon, Bourg-Valentin-Prévots à Longvic et Atrias-Vieux-Village-Grand Chaignet à Quetigny. Ce groupe rassemble 22% de la population, dont le revenu moyen est de 18.900 euros par an. 51% de la population bénéficie des allocations Caf, mais la part des bénéficiaires de minima n’est pas plus forte. Il s’agit d’une population plutôt jeune : 22% des habitants ont moins de 18 ans. Le parc de logements est constitué à 82% d’appartements et l’habitat y est plus récent.
Et le centre-ville de Dijon ?
Une forte présence d’étudiants est remarquée dans dix quartiers appelés intermédiaires et hétérogènes. Ce profil se situe uniquement à Dijon, dans le centre-ville et à proximité de l’université, et regroupe 13% de la population. Un tiers des habitants de ce groupe sont étudiants, contre 13% pour l’ensemble. Leur revenu moyen est de 18.300 euros par an. Les cadres et chefs d’entreprises résident également d’avantage dans ces quartiers. Les personnes dont le revenu dépend à plus de 80% des allocations Caf sont moins présentes ainsi que les bénéficiaires de minima – seulement 7% de la population.
»L’analyse montre aussi que le centre-ville de Dijon n’a pas de caractéristiques particulières. Il s’agit d’un territoire où réside une population mixte. Nous avons beaucoup de jeunes et de personnes âgés qui habitent au centre-ville. Il s’agit d’un parc immobilier locatif où on trouve des logements de type collectifs avec une population mixte », explique Christine Lecrenais, chef de projet d’action régionale de l’Insee Bourgogne. Pouvons-nous dire alors que la mixité sociale est réussie au centre-ville de Dijon? »Elle est assez développée », a conclu Georges Regnaud, directeur régional de la Dreal annonçant que la prochaine analyse aura lieu dans deux ans.
Treize quartiers et 11% des habitants en situation de précarité...
La dernière catégorie regroupe treize quartiers où la précarité est importante, soit 11% de la population. Il s’agit des quartiers situés dans les zones urbaines sensibles (Zus) et dont le revenu moyen est de seulement 10.800 euros par an. Le taux d’actifs est le plus faible ; la part des pensions et retraites est assez élevé – 23% – contrairement aux cadres – seulement 3% d’entre-eux résident dans ces quartiers. La part des bénéficiaires de minima sociaux et taux de couverture Caf est élevé. Le parc de logements est essentiellement composé d’appartements et d’habitats sociaux – 71% des résidences principales appartiennent à un organisme de type HLM et seulement 20% des ménages sont propriétaires de leur logement.
»Le développement durable est toujours un compromis entre la protection de l’environnement, le développement économique et la politique sociale. Ce compromis peut se faire si celui qui en décide a une bonne compréhension de la situation d’aujourd’hui. Notre ambition est, après avoir établie un état des lieux, de mettre à jour cette analyse, à intervalle régulier, pour voir les effets que les politiques ont mené sur ce territoire. Voir par exemple, s’ils ont augmenté les habitations à loyer modéré (HLM) dans les quartiers où il n’y en avait pas beaucoup. Avec cette analyse nous allons observer comment le paysage change », explique Georges Regnaud, directeur régional de la Dreal.