Squat, finances, urbanisme : F. Rebsamen prépare ses armes

Derniers débats avant les vacances d’été pour les conseillers municipaux dijonnais, qui se réunissaient salle de Flore, lundi 27 juin 2011. Entre menaces de dépôt de plainte contre le conseil général de Côte-d’Or, déménagement des squatteurs des Tanneries et compte administratif tronqués par Bercy, ce conseil municipal fut indéniablement long et résolument polémique. Tour d’horizon des dossiers avec le sénateur-maire de la ville, François Rebsamen…

Tanneries : Espace autogéré ou squat inadmissible ?…

« J’ai soit les tanneurs sur le dos, soit des gens qui ne veulent pas comprendre ». En conférence de presse, quelques heures avant le conseil municipal du lundi 27 juin 2011, le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, savait déjà à quoi s’attendre en abordant le rapport 50 sur la relocalisation de l’espace autogéré des Tanneries. « Je considère que même si ça choque, les habitants des Tanneries participent à une sorte d’art qu’il faut considérer et je propose donc de les reloger vers le futur dépôt du tramway, dans une halle réaménagée en salle de spectacle ». Rappelons en effet que le secteur des abattoirs va se métamorphoser dans les mois à venir avec la construction d’une nouvelle entrée de ville. De fait, les locataires des Tanneries ne pourront plus continuer d’habiter les lieux (Lire notre article ici). « Ils sont actuellement en train de se consulter. Je leur propose un projet à un million d’euros. S’ils ne veulent pas, on les expulsera », affirme le premier édile, tout en soulignant que cette option est la dernière qu’il souhaite voir appliquer.

« Les discussions se sont bien passées avec eux mais je ne suis pas disposer à les expulser », insiste le sénateur-maire, avant de préciser le calendrier, sachant que les travaux devront débuter au mois de juin 2012. « Je ne suis pas là pour les loger ; je fais un espace culturel », justifie-t-il. « Cette halle est assez vaste ; ils peuvent s’aménager des bureaux et un nouvel espace de vie autogéré ». Une proposition qui n’a pas manqué de faire réagir quelques membres de l’opposition municipale tel Laurent Bourguignat (UMP) : « Ce qu’on appelle l’espace autogéré des Tanneries est en réalité un squat, qui ne doit son maintien et – si j’ose m’exprimer ainsi – son essor, qu’à la bienveillance dont il a bénéficié de la part de la municipalité ». Un dossier qui ne manquera donc pas de faire réagir dans les mois à venir, d’autant plus que les Tanneries ont déjà annoncé qu’ils ne se « laisseraient pas faire par les mégalomanies de la mairie »… (En savoir plus ici).

La ville en cessation de paiement ? Une anomalie informatique rectifiée

Très attendu, le compte administratif de la ville était soumis aux conseillers municipaux, lundi 27 juin 2011. Pour François Rebsamen, les objectifs sont clairement atteints puisque « les recettes sont à hauteur de 278 millions d’euros et les dépenses inférieures, arrêtées à 274 millions d’euros […] On a donc une bonne gestion avec un niveau d’équipement qui est resté très soutenu ». Et de souligner les 41 millions d’euros investis dans l’équipement – contre 45 en 2009, majoration due en grande partie au soutien du plan de relance. Le musée des Beaux-arts de Dijon a ainsi bénéficié d’une partie de cette enveloppe, tout comme le groupe scolaire Montmuzard ou les tribunes du stade Gaston Gérard. « Les dépenses de fonctionnement ont progressé de moins de 2% alors que les recettes ont progressé de 2,18% », précise le sénateur-maire, ajoutant que l’encours de la dette est en diminution par rapport à 2009, soit -1,2 millions d’euros pour un encours total de 229,9 millions d’euros. A noter que l’actuel maire avait pris comme engagement, lors de sa campagne, d’avoir un endettement en 2014, inférieur à celui du début de mandat, en 2008 – estimé à 232,243 millions d’euros en 2006 par la Chambre régionale des comptes de Bourgogne.

Lors de la présentation du compte administratif 2009, l’opposition municipale – à travers l’intervention de l’élu sans étiquette Franck Ayache – avait dénoncé la situation de la ville, pointant du doigt une épargne nette de moins d’1 million d’euros contre les 11 millions annoncés par le maire. Cette polémique avait alors trouvé son épilogue à Bercy : en effet, le conseiller municipal avait obtenu ces chiffres auprès du ministère de ministère de l’Économie, ce même ministère qui s’était alors rendu coupable d’une erreur informatique impossible à corriger, amputant les comptes de la ville de près de 10 millions d’euros. Dans un courrier daté du 23 juin 2011, Gisèle Recor, directrice régionale des finances publiques, reconnait qu’après un retraitement manuel des données, la véritable capacité d’autofinancement de la ville est repassée à 10,8 millions d’euros. « La ville n’est donc pas en cessation de paiement ! », clame François Rebsamen, qui déplore tout de même que cette erreur informatique induise en erreur les journaux ou les bureaux d’études exploitant ces chiffres venant du ministère. « Nous ne sommes donc pas des mauvais élèves ! », rassure-t-il, avant d’ajouter qu’il « vaut mieux croire la ville… ».

Toujours dans le volet finance, un budget supplémentaire de 12,6 millions d’euros a été voté. « Ceci représente 5% du budget principal (BP) avec 1,6 millions pour le fonctionnement – soit 0,8% du BP – et 11 millions en investissement ». Un chiffre important, qui s’explique par la hausse des tarifs EDF et du gaz. « La réforme de la taxe de l’électricité nous pénalise à hauteur de  900.000 euros ». Au rayon des investissements, quatre millions sont attribués à des acquisitions foncières : « Nous préparons l’avenir », plaisante le sénateur-maire, reprenant à son compte une phrase de Nicolas Sarkozy, président de la République. La ville investira donc face à la plus grande rapidité d’exécution des travaux du musée des beaux-arts ou encore pour accélérer le remplacement des candélabres dans les rues. Une enveloppe spéciale de 900.000 euros a aussi été attribuée au parc des sports Gaston Gérard.

Stade Gaston Gérard : La Ville en procès contre le conseil général de Côte-d’Or ?

Avec la montée du Dijon Football Côte-d’Or (DFCO) en Ligue 1 (Voir notre vidéo ici et lire notre article ici), le parc des sports Gaston Gérard doit subir quelques modifications : mise aux normes du dispositif de vidéosurveillance, augmentation du niveau d’éclairement de l’aire de jeu, augmentation de la capacité d’accueil du stade – de 16.288 places à 17.000 -, reconfiguration des locaux sous la tribune Ouest – vestiaires, salle de presse … « Sur ces 900.000 euros, j’ai demandé trois fois 190.000 euros à la région, au Grand Dijon et au département. La région a donné son accord : le département, ça fonctionne à son rythme ; et le Grand Dijon, c’était plus facile puisque j’ai dit oui ! » [ndlr : François Rebsamen est président du Grand Dijon]. Mais, les subventions du conseil général sont liées au fait de ne pas commencer les travaux : « C’est tout à fait illégal », précise le sénateur-maire. « C’est la primauté d’une collectivité sur une autre car nous sommes obligés d’attendre la réponse du département, une forme de tutelle ». Les travaux devraient débuter début juillet. « Cette tutelle peut-être attaquée ; j’évite pour le moment », conclut-il.

Débat sur l’urbanisme : « La sanction sera terrible »

Dans son rapport du 16 juin 2011 (Voir le document ci-joint) la fondation Abbé Pierre considère Dijon comme une bonne élève en matière de respect de la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) :  » Au tableau d’honneur, peut-on lire dans le rapport, figurent des villes situées dans des secteurs tendus qui ont fait des efforts importants, déjà salués pour certains en 2008 (Annecy, Montauban, Dijon et Paris) ». Avec 17,2% de logements sociaux actuellement, la ville ambitionne d’atteindre les 20% en 2014 alors qu’elle continue à gagner des habitants contrairement à de nombreuses autres villes. « Un débat a été maladroitement lancé sur la ville bétonne », lance le maire. « Il faut distinguer les programmes de logements que lancent la ville de Dijon c’est-à-dire les écoquartiers par exemple, mais aussi dans le cadre des programmes que lance la ville de Dijon, nous fournissons à des promoteurs, des organismes HLM des terrains pour avoir une certaine variété. J’assume ces constructions. Mais il y a la propriété privée et si nous avons des communistes face à nous, il va falloir qu’ils se définissent comme tels ».

Brandissant un courrier de Cyrille de Crépy, à qui nous donnions la parole jeudi 23 juin 2011 suite à notre débat sur l’urbanisme (Lire notre article ici), le maire se dit interpellé par les pétitions qui circulent dans certaines rues : « je vois des immeubles de sept étages où des gens accrochent à leurs balcons ‘Non à la perte d’ensoleillement’ alors qu’ils cachent les petites maisons au pied » (Voir notre diapo ici). « Vous avez même des présidents d’association de défense qui eux même ont vendu leur maison à un promoteur privé et dont l’association continue à protester contre le projet ! ». Le maire demande désormais aux promoteurs de venir avec un « bon pour accord signé par François-Xavier Dugourd« . De plus, il devrait ouvrir prochainement le débat sous forme de libre discussion avec les Dijonnais au mois de septembre : « Les pétitions marchent peut-être pour les Cantonales, mais ça ne permet pas d’avoir une vision de la ville donc à ce train, je sais ce qu’il se passera aux prochaines élections municipales, la sanction sera terrible ».

Tournée des Pleurants : Une réussite !

La tournée des Pleurants aux États-Unis se poursuit. Pour rappel, la première phase de la rénovation du musée des beaux-arts ayant entrainé la fermeture de la salle des tombeaux, les Pleurants sont partis en tournée dans différents grands musées américains. La prochaine étape du voyage des pleurants sera San Francisco d’août 2011 à janvier 2012. « C’est la dernière étape à laquelle je participe », souligne François Rebsamen qui se rendra donc dans la ville du 17 au 24 août 2011.Une opération qui sera financée à 100% par des partenariats rappelle alors Fabian Forni, directeur de la communication de la mairie : « Avant le passage à Los Angeles, la fréquentation de l’exposition s’établit à 350.000 visiteurs soit l’équivalent de deux fois la fréquentation du musée des beaux-arts en une année et a obtenu le prix national des conservateurs des musées américains pour sa qualité ».

Des retombées ont même déjà été enregistrées : « 1.400 visiteurs se présentent aux guichets des deux offices de tourisme de la ville », souligne François Rebsamen qui rappelle que durant le mois de mai, Dijon faisait partie des vingt destinations mondiales enregistrant la plus forte progression de recherches sur le site hotels.com. Avec +326% par rapport à mai 2010, la ville fait moins bien que Zanzibar (+453%), mais quasi aussi bien que Sète (+333%) ou Saint-Tropez (+336%). « Ça a un impact direct sur les commerces du centre-ville » ! Le classement récent en « commune touristique » a été un moteur et la classification à l’Unesco devrait être plus que bénéfique pour la Ville.

Cela dit en passant :

Suite à notre interview de Georges Maglica, adjoint chargé des finances (Lire notre article ici) et à la réponse apporté par Daniel Mangione, président de l’association des usager du crédit municipal de Dijon (Lire notre article ici), François Rebsamen a profité de la conférence de presse pour réagir : « Les activités bancaires des crédits municipaux vont disparaitre partout en France, il ne faut pas se leurrer. La banque postale est en train de se tailler une part et nos fonctionnaires ne travaillent que de 09 heures à 17 heures et pas le samedi. Ils ont des prêts qu’on ne peut pas fournir […] Je ne sais pas si je reconduis les postes des membres de l’opposition au sein du conseil d’orientation du Crédit municipal de Dijon. Si c’est pour y aller, faire des manifestations et pourrir le climat, nous n’avons pas besoin, on a déjà l’autre zozo de Mangione. Ça ne fait pas venir le client. En plus, si c’est pour se faire accuser de façon limite diffamatoire d’avoir provoqué des suicides… Laisser une association écrire ça, je me suis demandé si on n’allait pas poursuivre pour défendre Georges Maglica ».

En bref :

Patrimoine | Le site désaffecté de la société Jtekt, construit en 1887 par Charles Terrot constitue aujourd’hui un patrimoine architectural et culturel fort pour la Ville. Il a donc été décidé de signer une convention tripartite entre la Ville, l’État et la Société d’économie mixte d’aménagement de l’agglomération dijonnaise (Semaad) pour la protection des bâtiments.

Éducation | Les conseillers généraux de l’opposition ayant été évincés des conseils d’administration des collèges (lire nos articles ici et ici), la Ville de Dijon a décidé de nommer les conseillers généraux qui sont aussi conseillers municipaux dans les CA des collèges de la ville.

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