Les vols de métaux sur les chantiers et le long des voies de chemin de fer font depuis quelques années déjà la Une des médias. Le vol de cuivre, en particulier, prend de l’ampleur à mesure que le cours du métal augmente. En 2010, la Bourgogne a en effet connu une hausse de 110% des vols de métaux avec 460 faits, dont 73% concernaient des vols de cuivre. Il faut dire qu’à 6.554 euros la tonne, le fameux métal vaut de l’or… À l’occasion d’une conférence de presse organisée mercredi 15 juin 2011 sur le chantier Orvitis du Pré Thomas à Saint-Apollinaire (21), la préfecture de Côte-d’Or a annoncé les actions partenariales menées avec les forces de l’ordre et la Fédération des entreprises du recyclage, la SNCF mais aussi les entreprises du BTP.
Bourgogne : 44 vols de métaux constatés depuis le mois de février…
« Avant le cuivre, les délinquants volaient les bouches d’égout », raconte l’adjudant Sébastien Raymond, devenu expert dans les vols de métaux depuis qu’il fait partie des quatre enquêteurs des groupements départementaux de gendarmerie et de la section de recherches, détachés à cette problématique en permanence au sein de la Côte-d’Or. Depuis le 25 février 2011, la région de gendarmerie a en effet mis en oeuvre une cellule de coordination régionale pour lutter contre les vols de métaux et depuis qu’elle existe, elle a ainsi recensé 44 faits constatés en Bourgogne (autres que ceux commis au préjudice de la SNCF et d’ERDF), dont dix commis sur des chantiers et 22 au préjudice d’entreprises…
De quoi rendre les entrepreneurs nerveux. « Nous avons connu une recrudescence de vols au mois d’avril, explique Pascal Devroe, dirigeant de la STCE. Du coup, nous avons communiqué et nous avons fait monter la pression un peu partout »… Bingo ! Suite à une réunion avec la Fédération du bâtiment (FFB), il a été décidé de prendre le chantier Orvitis du Pré Thomas à Saint-Apollinaire (21) en exemple, afin d’en faire un chantier pilote quant à sa sécurisation.
Le référent sûreté de la gendarmerie, l’adjudant-chef Alain Michaut, explique le dispositif mis en oeuvre: « Le chantier étant déjà financé, il n’y avait plus d’argent. Il fallait donc trouver des solutions avec des financements quasi-nuls. Nous avons mis en place une protection mécanique, en évitant que soit entreposé n’importe comment le matériel et en bloquant les malfrats dans leur progression. Ensuite, il fallait détecter les intrus dans le bâtiment. Les électriciens ont mis en place un système visant à les mettre en fuite et de la vidéosurveillance a également été installée. Nous avons proposé de l’éclairage avec détecteurs de mouvement, de façon à faire fuir toute approche. Nous avons aussi sensibilisé le personnel en réunion de chantier ».
Vols de métaux = coût de production multipliés + retard dans les délais
« Sur ce chantier, il y a eu des vols de câbles d’alimentation des grues car ils sont particulièrement convoités, précise Alain Michaut. Nous avons donc proposé d’enfouir les câbles ou encore des gainages de façon à ce que si on coupe le câble, on ne puisse pas le retirer tout de suite ». Selon Pascal Devroe, le vol de câbles de grue serait un véritable fléau : « On nous a volé trois ou quatre câbles pour 15.000 euros mais le préjudice est à multiplier par deux si l’on prend en compte le coût de production de perdu ». L’astuce : entreposer des pré-fabriqués en béton pour rendre la tâche plus compliquée au voleur. « Mais ça coûte de l’argent de mettre et de retirer ce béton »…
L’argent, et plus précisément l’argent du cuivre, est le nerf de la guerre. Emmanuel Pion, dirigeant de l’entreprise Cepima, estime pour sa part « un manque à gagner de 50.000 euros sur ce chantier ! Mais le plus cher est le temps de tout remettre en état et l’impact sur les délais des travaux ». Pour la SNCF, particulièrement touchée par ses vols, la situation serait pire encore selon Sébastien Raymond : « Sur la ligne LGV par exemple, l’unité de mesure du vol de câble de terre est du kilomètre : je ne vous dirai pas comment le câble est enterré mais certains le savent, le déterrent et prennent quatre kilomètres d’un coup ! Le préjudice est énorme et c’est pour cela qu’aujourd’hui, la SNCF privilégie autant qu’elle le peut l’aluminium plutôt que le cuivre. Mais il ne faudrait pas que le cours de l’alu augmente… ».
Là est bien le problème : depuis trois ans, le cours du cuivre s’est envolé pour atteindre aujourd’hui 6.554 euros la tonne ! Autant dire que l’appât du gain en attire plus d’un… « Nous considérons comme professionnel tout ce qui est organisé en filière et comme amateur le particulier qui vient parce que le cours du cuivre est haut en ce moment. Il existe un effet boule de neige : la médiatisation des vols donnent des idées à certains… Mais un vol simple, c’est quand même trois ans de prison. Donc pour un particulier, l’idée de prendre un an ferme peut faire réfléchir. Au même temps, et je pense notamment aux toxicomanes, c’est moins « risqué » qu’un braquage », analyse l’enquêteur.
Mais que fait la loi ?
« L’Assemblée nationale vient d’adopter à l’unanimité des dispositions selon lesquelles les transactions de métaux ferreux ou non ferreux ne pourront plus se faire en numéraire mais obligatoirement par chèque ou par virement – une pièce bancaire en clair », explique Rémi Delatte, député de Côte-d’Or et maire de Saint-Apollinaire (21). « Une deuxième disposition prévoit de recourir au dispositif du tiers déclarant pour toute transaction de récupération de cuivre : celui qui rachète le cuivre devra déclarer au Fisc qu’il a acheté à telle ou telle personne. Donc il ne pourra plus y avoir de transactions avec des gens qui ne sont pas des professionnels. Mais il faut aussi que l’on interdise le rachat de cuivre brûlé… ».
Pourtant, selon Sébastien Raymond, « le problème aujourd’hui est qu’un particulier a le droit d’aller vendre chez un recycleur, dans un montant de 500 euros maximum. Mais le nombre de transactions n’est pas limité donc on peut en faire autant qu’on veut ! Après, la difficulté est de savoir si le cuivre est volé ou non. Mais si un particulier amène 400 kg de cuivre plusieurs fois, on peut se poser des questions. Et de par l’expérience que j’ai des registres, je sais qu’il existe beaucoup de particuliers qui amènent beaucoup de cuivre. Effectivement, il n’est pas marqué sur la gaine que le cuivre est volé mais il y a de quoi s’interroger ». Une marque pourrait tout de même révéler s’il y a eu vol ou non : les voleurs brûlent la gaine qui entoure le cuivre donc quelqu’un qui amène 300 kg de câbles brûlés serait particulièrement suspect…
Selon la préfecture, « pour renforcer la lutte contre le vol de métaux et lutter contre les filières de recel, le ministère de l’Intérieur a conclu en octobre 2008 un protocole avec la fédération des recycleurs de métaux (Federec). Cet engagement a pour but de favoriser le partenariat entre les forces de l’ordre et les professionnels à travers plusieurs axes de travail : mise en place d’un réseau d’alerte, mise en place d’une politique rigoureuse d’achat au détail, partenariat en matière de prévention situationnelle, plaintes, investigations et contrôles. Ce protocole, grâce à un important travail de partenariat et notamment avec la réunion de ce jour, est en cours de déclinaison au plan départemental ».
Des résultats
« Force est de constater que suite aux préconisations des référents sûreté, le vol s’est arrêté net sur le chantier. Alors que dans un chantier juste à côté, il y a encore eu des vols », reconnaît Emmanuel Pion. Selon Sébastien Raymond, depuis janvier 2011, dix-huit interpellations relatives aux vols de métaux en Côte-d’Or ont été recensées : « Nous avons deux types d’intervention : la brigade locale passe régulièrement sur le chantier pour « montrer du bleu ». Nous avons aussi des surveillances discrètes et des fois, cela fonctionne… C’est ce qu’il s’est passé récemment à Til-Châtel (21) : quand nous sommes arrivés, le gars était en train de voler. Il a pris deux ans ferme. Mais nous pouvons aussi recouper des informations grâce aux témoignages. Nous demandons aux gens de signaler les véhicules suspects : ça peut apporter une piste. Nous sommes dans un secteur où il existe peu de visibilité : la nuit, les gens dorment, donc le moindre petit détail, nous en sommes preneurs ».
