Dijon : L’urbanisme à hauteur d’habitant…

« Pour nous, l’urbanisme n’est pas une question de droite ou de gauche mais bien de confort et de sécurité dans les rues voisines de notre habitation ». Frédéric Ochem habite dans le quartier Montchapet à Dijon et, derrière sa maison, un immeuble de 25 logements va être construit en 2011. Pour lui comme pour les nombreuses associations et pétitions qui fourmillent à travers la ville dès qu’une opération est montée, il s’agit davantage de tirer la sonnette d’alarme sur les conséquences des projets en terme de stationnement, de circulation et de pollution visuelle dans son quartier que d’égratigner la majorité municipale. Sa vision serait « représentative », explique-t-il, à l’heure où la pétition qu’il a lancée a déjà recueilli 250 signatures dans le quartier…

L’urbanisme vu de sa rue

Au numéro 5 de la rue Joseph Boudot à Dijon, l’ardoise blanche qui trône à côté de la porte d’entrée de Frédéric Ochem annonce le même message depuis plusieurs semaines : « Si vous souhaitez signer la pétition contre le projet du 4 de la rue Bellesoeur, n’hésitez pas à sonner ! ». 250 personnes ont déjà franchi le pas, apportant leur contribution et leurs questions pendant quelques minutes au coeur de cette propriété bourgeoise, dont l’architecture ancienne rappelle celle de tout le quartier. Vendredi 10 juin 2011, lors de la visite de dijOnscOpe, la sonnette a également retenti : « Bonjour, c’est ici pour signer la pétition ? ». En quelques mots, la discussion exprime l’anxiété d’un projet immobilier mal connu, qui suscite les peurs des riverains. Sur la pancarte du permis de construire accrochée à la grille du 4 rue Bellesoeur, le nombre de lots et la nature de la construction ne sont effectivement pas spécifiés…

Demain, le quartier verra naître deux immeubles, en lieu et place de maisons aujourd’hui vidées de leurs habitants et revendues à des promoteurs privés. « A la place de l’ancien restaurant Quatre pentes, donnant sur le 28 du boulevard des Allobroges et reconverti depuis peu en demeure particulière, un projet de 38 logements est à l’étude : la société Est Promogim a d’ailleurs déjà déposé un permis de construire auprès du Grand Dijon« , explique Frédéric Ochem. Quelques dizaines de mètres plus loin, au 4 de la rue Joseph Bellesoeur, « la Sopirim a obtenu le permis de construire pour un projet concernant 25 logements, sur trois étages, en remplacement d’une maison individuelle », ajoute-t-il, lui qui redoute « qu’avec le vieillissement de la population, les promoteurs privés sautent sur toutes les occasions de racheter une maison pour la détruire et la remplacer par des logements collectifs »…

L’idée que la ville a besoin d’être densifiée (Lire ici notre article sur le sujet) ? Frédéric Ochem est pourtant loin d’être contre. « On ne peut pas en vouloir aux promoteurs immobiliers de faire leur travail de bâtisseurs, comme il est difficile de reprocher aux particuliers qui possèdent un bien de le valoriser en le vendant à un opérateur privé. Les personnels du service des droits du sol au Grand Dijon sont également inattaquables : ils se contentent d’étudier la conformité des permis de construire au vu du droit et des différents règlements. Ils n’ont pas à être des arbitres politiques », estime-t-il. Et pourtant, les 250 signatures déjà recueillies pour la pétition ont une explication. Elle tient en quelques mots : augmentation des voitures stationnées dans le quartier après la construction d’un immeuble ; confort visuel ; et inquiétude sur l’avenir des constructions à l’échelle de la ville. « Quels sont les objectifs en termes d’aménagement de Dijon et plus particulièrement du quartier Montchapet ? Y a-t-il des arbitrages à un niveau quelconque ? Si le bétonnage à outrance résulte d’un choix politique, il mérite d’être expliqué ! », souligne François Ochem. Sur les plans étalés aux quatre coins de la table de son salon : le projet Sopirim, « qui utilise le terrain dans toute sa largeur et s’arrête pile à la hauteur réglementaire »…

L’inquiétude, aux quatre coins de la ville

Dans tout le quartier, des pancartes en carton pullulent, soulignant l’opposition des riverains au projet : « Non à la défiguration béton ! Non à un urbanisme non négocié ! », peut-on lire en se promenant. Ou encore : « Comment nos villas vont-elles survivre au milieu de tant d’immeubles ? »… Un vent de révolte qui rappelle les nombreux cris d’alarme poussés par les habitants à chaque nouvelle construction collective à Dijon. Lundi 14 mars 2011, dijOnscOpe rencontrait ceux du quartier Victor Hugo suite à une profusion de pancartes autour de la rue de l’Egalité, soulignant toutes l’opposition des habitants à la construction d’un immeuble de près de vingt mètres dans leur rue, pour 89 logements (Lire ici notre article sur le sujet). « Un bâtiment de cette hauteur va plonger de nombreuses habitations dans l’ombre perpétuelle ! De plus, il faudra compter sur 89 logements et donc plus d’une centaine de voitures en plus dans des rues étroites, où le stationnement est déjà compliqué. Sans parler des enfants qui circulent régulièrement ! », s’indignait déjà le couple Tissier, à l’initiative de l’association de quartier opposée à la construction de l’immeuble.

Même son de cloche dans le quartier du Parc, à Dijon, où le projet de remplacement des terrains de tennis de la rue Chevreul avait fait se soulever les habitants en décembre 2009 (Lire ici notre article sur le sujet)… La raison ? « A 18 heures, rue Chevreul, je vous déconseille de circuler… C’est déjà l’horreur et ces immeubles vont empirer la situation tant en terme de circulation que de stationnement. Il y a également le problème des réseaux d’eau déjà bien encombrés. Et puis les riverains des résidences Grandes Bergeries sont inquiets de la vue qu’ils vont avoir. Nous savons que la densification de l’habitat est une volonté de la mairie doit-elle se faire au détriment des espaces verts et de loisirs ? Ces terrains appartiennent à la collectivité, ce sont des espaces verts que nous avons su préserver depuis des décennies. Demain, ils seront du domaine privé, nous ne savons d’ailleurs pas à qui la mairie va les vendre », témoignait alors Philippe Privat, président de l’association « Les amis des Allées »… Aujourd’hui, l’opération suit son cours. « 69 logements seront construits d’ici 2013, la moitié en accession abordable et l’autre en logement à loyer modéré. C’est un petit programme, pas la révolution. C’est simplement une utilisation intelligente de terrains de tennis qui n’étaient plus utilisés », explique Pierre Pribetich, adjoint au maire de Dijon délégué à l’urbanisme. Au numéro 36 des allées du Parc, une maison a également été préemptée par la mairie afin d’être vendue à un opérateur de logements à loyer modéré et des projets sont en cours de préparation tels que « 15 habitations au 59 cours du Parc, 22 au 31 et 18 au 16 de la même rue », note Frédéric Ochem.

Dans son propre quartier, ce dernier compte également monter une association pour « assurer un suivi des projets immobiliers dans leur ensemble à Montchapet, afin de faire preuve de vigilance et, si possible, s’opposer ou ralentir les projets non respectueux de la qualité de vie du quartier ». Et de préciser : « Je pense qu’il faut avoir une approche globale de ces questions d’urbanisme, la mairie ayant beau jeu, à chaque projet, de critiquer notre individualisme et la défense d’intérêts particuliers. J’entends donc également prendre contact avec les associations du même type ayant déja existé, comme celle concernant le projet de la rue de l’Egalité ou l’association Grand Montchapet »…

« Nous ne sommes pas pires que Poujade ! »

Catherine Vandriesse, gestionnaire de biens immobiliers pour la Cogim et conseillère municipale membre de l’opposition à Dijon, voit pour sa part d’autres conséquences hyperlocales de la politique d’urbanisme pensée à l’échelle de l’agglomération. Selon elle, la construction de logements collectifs pourrait avoir un impact négatif sur le marché de la vente. « Sur les prix des transactions, il y a un risque à terme car quand quelqu’un souhaite acheter, son premier critère est l’emplacement. Evidemment, ensuite, nous allons répondre à ses attentes parce qu’il veut un « coin cheminée » ou un balcon mais le premier des critères est indélébile : vous ne pouvez pas jouer dessus. La question de l’accessibilité et du stationnement dans des rues déjà très denses est donc primordiale et touchera le marché immobilier en cas de situations problématiques ». Pour le marché locatif, la question est quelque peu différente mais inquiète également cette professionnelle de l’immobilier : « Alors que le centre-ville dispose aujourd’hui de 50.000 m² de logements libres à louer, la municipalité construit des habitations pour densifier la ville ! Donc dire que l’on veut construire parce que l’on manque de logements n’est pas valable ».

Bétonneuse, la municipalité, comme en ont peur les habitants ? « Le Plan local d’urbanisme (PLU) donne des droits, qui sont conformes à la loi, et la mairie ne peut que signer le permis correspondant. Mais je peux aussi vous montrer ce que l’équipe précédente a fait sur l’urbanisme à Dijon : nous sommes des petits garçons avec nos 18 mètres réglementaires, parce que Poujade et Kir (ndlr : les anciens maires de Dijon), ce qu’ils ont fait… Place du 30 Octobre par exemple, allez voir de quelle hauteur sont les immeubles ! Sous l’ère Poujade, il n’y avait pas d’organisation, un Plan d’occupation des sols très lâche, pas de gestion de l’urbanisme… Nous, nous essayons de faire une ville qui soit respectueuse des principes du développement durable », répond Pierre Pribetich. Et de conclure : « Nous avons fixé la densité urbaine à 70 logements à l’hectare – soit celle du quartier Maladière. Pour mettre cette donnée en perspective, je rappelle qu’aujourd’hui l’avenue Victor Hugo en est à 200 logements par hectare… Donc il ne s’agit pas de bétonniser la ville et dans cette affaire, je pense que souffler sur les braises comme le fait aujourd’hui l’opposition avec les habitants est d’un égoïsme absolu, pour des petits problèmes politiciens ». Problème politicien ou mal-être ressenti à l’échelle de sa maison ou de sa rue, les choix d’urbanisme pour la ville de Dijon n’ont donc pas fini de délier les langues…

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