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Pourquoi dit-on la « bête à bon Dieu » ?

bête à bon Dieu

La « bête à bon Dieu » est le nom populaire donné à la coccinelle.

Ce surnom trouve son origine au Moyen Âge. Selon une légende, un homme alors accusé à tort d’un crime était sur le point d’être décapité. Mais une fois sa tête sur le billot, on raconte qu’une coccinelle se posa sur son cou. Malgré les efforts du bourreau pour s’en débarrasser la coccinelle resta en place. On dit alors que le roi Robert II le Pieux qui assistait à l’exécution vit dans l’entêtement de l’insecte un signe divin. Il décida de gracier le condamné.

Mais certains voient plutôt dans cette histoire une simple légende. Ceux-là préfèrent retenir pour origine de l’expression, le travail bénéfique effectué par la coccinelle et ses larves dans la lutte contre les pucerons dans les jardins. Ce travail parfaitement naturel ne demande aucun effort; il est « divin » !

Quelle est l’origine du « pain béni » ?

pain béni

L’expression « pain béni » est d’origine chrétienne. Elle est le synonyme d’une opportunité inattendue.

 

Dans les tous premiers temps de l’église ce sont les fidèles eux-mêmes qui portaient à la fois le vin et le pain au prêtre avant la messe pour la communion. Au 7ème siècle cette tradition s’est codifiée et entra durablement dans la tradition.

 

Concrètement, chaque dimanche chaque famille devait apporter une grande quantité de pain afin que le prêtre le bénisse. Il était ensuite distribué à ceux qui ne communiaient pas. Il s’agissait donc d’une compensation de l’hostie pour ceux qui n’étaient pas là où était dans l’impossibilité de communier (comme les enfants par exemple).

 

Cette tradition perdura jusqu’au 20ème siècle notamment en Bretagne. Ensuite elle s’est éteinte progressivement en raison notamment d’abus de certains puissants qui s’appropriaient indûment de larges quantités de pain.

 

Au 20ème siècle l’expression prend le sens d’un cadeau divin, quelque chose qui arrive au bon moment et sans effort particulier.

D’où vient l’expression « envoyer à Dache » ?

envoyer à Dache

« Envoyer à Dache » un individu signifie s’en défaire, s’en débarrasser ou encore l’envoyer promener. On pourrait même traduire l’expression par « envoyer au diable ». Et justement le diable n’y est pas étranger.

Cette expression qui date de 1866, utilise le mot « dache » qui est une altération de ‘diache’, venant de ‘diable’, et qui fut en particulier utilisée dans le nord de la France où elle faisait partie de l’argot courant des ouvriers.

Par extension « à dache » tout seul signifie « au diable », « très loin ». On retrouve l’usage de cette expression familière, chez de nombreux écrivains parmi lesquels Louis-Ferdinand Céline ou Paul de Sémant.

Et justement, Jean Maillet souligne qu’à la fin du 19ème siècle les militaires du Second Empire avaient recours à la formule : « à Dache, perruquier des zouaves ».

A noter que « diable » a donné lieu à de nombreuses altérations comme par exemple « diantre ».

Quelle est l’origine de l’expression « ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval » ?

On dit d’une chose rare et le plus souvent de grande valeur, qu’elle « ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ».

Cette expression date du 18ème siècle. Peu avant, un siècle plus tôt pour être précis, on avait recours à l’expression approchante  »dans le pas d’un cheval ». Le « pas » étant la trace. Aujourd’hui le sabot a remplacé la trace mais le sens est resté le même.

Mais pourquoi ne peut-on pas trouver de choses rares sous le sabot d’un cheval ? Tout simplement parce qu’à cet endroit on trouve le plus souvent l’inverse, à savoir une matière sans grande valeur. Vous l’avez compris, on trouve dans la trace ou sous le sabot d’un cheval du crottin, c’est-à-dire quelque chose sans rareté ni valeur considérable (même si certains le ramassaient pour l’utiliser comme fumier). D’où le recours à la forme négative dans l’expression.

Pourquoi dit-on « une vie de bâton de chaise » ?

une vie de bâton de chaise

« Mener une vie de bâton de chaise » signifie mener une vie agitée, désordonnée.

L’expression a une origine incertaine. Mais on l’explique généralement de la façon suivante. Les « bâtons de chaise » sont les bâtons de chaise à porteurs sous l’Ancien Régime. Celles-ci présentaient en effet deux bâtons latéraux qui servaient à porter littéralement la chaise et son passager.

Or pour déplacer le tout il fallait fréquemment manipuler ces bâtons. Ils avaient la vie dure. Ils étaient soulevés, tirés, posés, courbés. Et par analogie on se mit à décrire une vie à l’activité excessive en ayant recours à cette image.

Si on date cette expression de la fin du 19ème siècle, date à laquelle les chaises à porteurs avaient disparu, c’est tout simplement que de nombreux spectacles relataient alors la vie de cette époque, donnant une actualité à ce mode de déplacement pourtant disparu. D’où la référence anachronique aux bâtons de chaise.

D’où vient l’expression « le jeu en vaut la chandelle » ?

le jeu en vaut la chandelle

L’origine de cette expression date du 16ème siècle. A cette époque les foyers s’éclairaient à la bougie. L’électricité n’existait bien sûr pas encore. Pour passer le temps ou s’adonner à son vice les gens pouvaient le soir jouer aux cartes ou aux dés. Pour y voir quelque chose il leur fallait s’éclairer à la bougie ou à la chandelle.

Mais éclairer ces parties de jeux nocturnes avait un coût. Ainsi les joueurs n’étaient prêts à consentir à payer pour cet éclairage que si les montants des gains potentiels étaient élevés. Il fallait pouvoir espérer gagner une grosse somme ou au moins rentrer dans ses frais.

Si les gains potentiels n’étaient pas énormes et pour pouvoir quand même jouer les participants aux revenus modestes donnaient une petite somme à celui qui avait accueilli la partie en dédommagement du coût des chandelles. Mais s’ils n’avaient vraiment pas de chance au jeu alors celui-ci n’en valait pas la chandelle !

Pourquoi dit-on « poser un lapin » ?

poser un lapin

« Poser un lapin » consiste à ne pas se rendre à un rendez-vous sans prévenir la personne qui vous attend.

Signalons d’abord que durant l’Antiquité, le lapin était un symbole de fécondité. Celui qui n’en avait pas était donc mis dans la pauvreté.

Mais l’expression exacte remonte à la fin du 19ème siècle. Elle avait cependant à l’époque un sens différent. Elle signifiait ne pas rétribuer les faveurs d’une femme dite de « petite vertu ». Le « lapin » désignait donc le refus de payer. Et le « poseur de lapin » était celui qui faisait attendre la femme dont il avait profité.

Le sens que nous connaissons aujourd’hui serait apparu vers 1890 chez les étudiants et semble venir d’une autre locution, « laisser poser », qui signifiait « faire attendre quelqu’un ».

Mais il y a eu sans aucun doute un glissement progressif dans le langage courant d’une attente de paiement non honoré (la faveur sexuelle) vers une autre attente non satisfaite (la venue de la personne attendue).

Pourquoi dit-on « au four et au moulin » ?

Au four et au moulin

Le plus souvent utilisée dans sa forme négative cette expression signifie « ne pas pouvoir être partout en même temps », « être dans l’incapacité d’exécuter plusieurs tâches à la fois ».

Elle est apparue à l’époque féodale, quand les paysans utilisaient le moulin et le four du seigneur pour faire leur pain, contre paiement d’une redevance « sur fours, moulins et pressoirs » justement. Cette taxe fut abolie à la Révolution par l’Assemblée constituante le 15 mars 1790.

Les deux tâches, moudre le grain dans le moulin puis faire cuire le pain dans le four, devaient être exécutées successivement. Il était impossible de les réaliser en même temps. Puisque chaque opération devait être réalisée distinctement, il était impossible d’être à la fois au four et au moulin.

Malgré la tradition strictement orale de transmission de cette expression on sait aujourd’hui qu’elle apparut dans le langage courant à partir du 17ème siècle.

Quelle est l’origine d’« en baver des ronds de chapeaux » ?

En baver des ronds de chapeaux

« En baver des ronds de chapeaux » signifie endurer quelque chose de difficile, subir une épreuve dure à surmonter et se donner beaucoup de mal pour y parvenir.

A l’origine, c’est à dire au 19ème siècle, « en baver » est utilisé pour exprimer une grande admiration. Puis au siècle suivant il désigne l’état de quelqu’un qui supporte malgré lui une situation pénible. Le sens de « en baver » se fixe alors sur cette une idée de peine et de souffrance subies.

Quant aux ronds de chapeaux, Claude Duneton propose une explication liée aux modistes, les personnes qui confectionnent ou vendent des chapeaux de femme. Les ronds de chapeau étaient des ronds de plomb lourds qui, disposés sur les chapeaux, leur donnaient leur forme.

L’expression ferait donc référence au poids de ces ronds. Il s’agirait non seulement d’en baver, mais de surcroit en baver lourdement.

Pourquoi dit-on « à la six quatre deux » ?

A la six quatre deux

Quand un tâche est réalisée « à la six quatre deux » elle est bâclée, faite à la va vite.

Cette expression remonte au milieu du 19ème siècle mais son origine reste énigmatique.

Selon certains auteurs cette énumération dans le sens inverse des trois premiers chiffres pairs, correspondrait à la dénomination d’un jeu de hasard. Par extension une action réalisée sur le même mode, c’est-à-dire au hasard, serait réalisée de façon rapide et sans soin.

Selon une autre explication, cette expression viendrait du domaine de la peinture. Les trois chiffres superposés permettraient en effet de représenter schématiquement un visage. Un peintre peignant une toile à la six quatre deux travaillerait à son tour de façon schématique, sans détail.

Enfin certains affirment que l’origine de l’expression est à trouver dans le vocabulaire musical. Une mesure à six-quatre y est une mesure rapide à deux temps. On retrouve l’idée de rapidité et donc par extension d’absence de souci du travail bien fait.