Archives

Pourquoi dit-on « de l’eau dans le gaz » ?

de l’eau dans le gaz

Quand il y a de l’eau dans le gaz, le désaccord est établi entre plusieurs personnes, souvent dans un couple, et la dispute est proche. Cette métaphore trouve son origine au début du 20ème siècle.

A cette époque la cuisine se fait au gaz. Aussi selon l’explication la plus communément admise est la suivante: lorsqu’une casserole posée sur le feu qui fonctionne au gaz déborde, l’eau qui s’y trouve et en sort peut faire vaciller la flamme. De la fumée peut même salors ’échapper. La situation est critique. Si la flamme s’éteint complètement le gaz peut faire courir un risque d’explosion dans l’habitation. Cet état de danger latent explique l’expression.

De plus l’eau qui s’évapore au contact du feu crépite et peut faire craindre l’explosion. On peut ainsi aisément assimiler ce crépitement au ton qui monte avant une franche dispute.

Quand il y a de l’eau dans le gaz la situation est vraiment dangereuse.

D’où vient l’expression « portrait craché » ?

Portrait craché

Si quelqu’un est le portrait craché d’un tiers, cela signifie qu’il lui est très ressemblant, qu’il a une apparence similaire.

L’expression est étonnante car on ne crache pas un portrait ! Elle semble de surcroit porter une connotation péjorative. Ce qui n’est pas le cas.

Cette expression est apparue au 15ème siècle. Les linguistes avancent deux hypothèses.

Selon la première, il y aurait eu une assimilation progressive entre le crachat et la parole. Cracher serait parler. Et parler pour décrire une réalité c’est un peu la recréer à l’identique. En crachant par la parole, on reproduirait donc un fait.

La seconde hypothèse se base sur le fait que le crachat est parfois associé à la reproduction. Il existe en effet une analogie chez certains peuples entre la salive crachée et la semence. Or se reproduire consiste à générer un être qui est au moins partiellement identique à son géniteur. On se reproduit donc à la fois esthétiquement et génétiquement.

Pourquoi dit-on « danser devant le buffet  » ?

danser devant le buffet

Danser devant le buffet, signifie « ne rien avoir à manger ».

L’origine de cette expression remonte au 16ème siècle. Le buffet dont il s’agit ici est le meuble qui se trouve dans les cuisines. Quand il est vide on ne peut pas s’alimenter. Dans une telle situation on peut concevoir qu’on ait envie de pleurer devant le buffet, ou encore que l’on se sente mal, mais pourquoi donc danser ?

Cela s’explique par un calembour. A cette époque le verbe ‘fringaler’ signifiait ‘danser’. Il était le mélange de ‘fringuer’ signifiant ‘sauter’ et de ‘galer’ utilisé comme synonyme de ‘se réjouir’. Or une ‘fringale’, est une grande faim !

Dès lors si l’on a faim devant un buffet vide on peut se mettre à fringaler, c’est-à-dire à danser.

Aujourd’hui on trouve comme unique survivance à cet illustre « fringaler » notre adjectif « fringant » !

Pourquoi dit-on “à bon chat, bon rat” ?

à bon chat, bon rat

L’expression « à bon chat, bon rat » est utilisée pour désigner des adversaires de force égale. Elle fut employée largement dès les 16ème et 17ème siècles sous la forme suivante : « bon assailleur, bon défendeur » et ce dans le cas où les adversaires à un combat ou un conflit guerrier présentaient des forces similaires.

Le combat était donc équitable car les deux parties ayant les même atouts.

Dans l’expression qui nous occupe, le chat représente le chasseur face auquel le rat devra user de ruse et d’habileté pour échapper aux griffes du félin. Ainsi le rat sera amené à développer une aptitude certaine pour éviter de se faire attraper et l’élève finira par égaler le maître.

La fable de La Fontaine appelée Le Chat et le vieux Rat démontre la nécessité d’user de prudence pour déjouer la ruse : « la méfiance / Est mère de la sûreté ».

Pourquoi dit-on « vivre dans une tour d’ivoire » ?

Expression : vivre dans une tour d’ivoire

Si on dit d’une personne qu’elle vit dans une tour d’ivoire, cela signifie qu’elle a adopté un mode vie solitaire. Elle est coupée du monde extérieur de façon volontaire et pleinement consentie. Par choix, cette personne vit donc isolée de la fureur du monde.

Cette expression a une origine littéraire. Elle fut popularisée au 19ème siècle par Charles-Augustin Sainte-Beuve. L’écrivain et critique littéraire l’utilisa pour décrire le romancier et poète romantique Alfred de Vigny dans Les Consolations, paru en 1830.

Dans cet ouvrage il compare Victor Hugo qui selon Sainte-Beuve « combattit sous l’armure », à Alfred de Vigny « plus secret, comme en sa tour d’ivoire » .

Sainte Beuve souligne ainsi la particularité du caractère d’Alfred de Vigny. En effet, par nature pessimiste et quelque peu hautain, il aimait se mettre en retrait de la société de son époque pour se consacrer à l’écriture. Pour se faire, il affectionnait un lieu précis : son domaine de Charente. Et plus précisément une minuscule pièce de quelques mètres carrés située au dernier étage de celui-ci où il pouvait écrire dans le calme absolu.

La référence à l’ivoire s’explique quant à elle par la minutie de son travail de poète, tel un sculpteur de ce matériau.

D’où vient l’expression « ménager la chèvre et le chou » ?

ménager la chèvre et le chou

Ménager la chèvre et le chou consiste à satisfaire deux avis ou intérêts divergents.

L’usage du verbe « ménager » se comprend aisément. Il s’agit de prendre soin.

Cette expression née au 13ème siècle décrit la difficulté qu’il y a, en présence d’une chèvre et d’un chou, à maintenir le chou intact et la chèvre calme. Leurs intérêts sont opposés. Si on ne fait rien la chèvre dévorera le chou rapidement. Il faut donc une grande habileté pour garantir la sécurité du chou !

Pour certains l’expression trouverait son origine dans problème à résoudre intellectuellement. Si on fait traverser une rivière à un loup, une chèvre et un chou dans une barque ne pouvant contenir qu’un d’entre eux il convient de ne pas laisser sur la rive, le loup et la chèvre ou la chèvre et le chou. Il faudrait dès lors faire passer la chèvre, revenir pour transporter le chou et le déposer, pour ensuite repartir avec la chèvre. Puis laisser la chèvre et prendre le loup avant de revenir enfin chercher la chèvre.

Pourquoi dit-on « payer en monnaie de singe » ?

payer en monnaie de singe

Cette expression qui signifie « ne pas payer réellement » voire « escroquer » trouve son origine dans une pratique du 13ème siècle.

A cette époque sous le règne du roi Saint-Louis, on mit en place une nouvelle taxe pour passer sur le Petit-Pont reliant à Paris l’île de la Cité au quartier Saint-Jacques. Toute la population devait ainsi s’acquitter de cette taxe.

Mais une catégorie de personnes en était exemptée : les forains ou jongleurs qui possédaient un singe en raison de leur activité professionnelle.

Ceux-ci pouvaient en effet se présenter au « péage » et faire réaliser un numéro à leur animal et ce afin de passer sans débourser un centime. Le spectacle donné divertissait celui qui était chargé de collecter le droit de passage et le propriétaire du singe pouvait passer librement. Il franchissait le pont sans payer car il avait précisément payé en monnaie de singe.

Quelle est l’origine de l’expression « kif-kif » ?

kif kif

« Kif » est un dédoublement du mot arabe ‘kif’ qui signifie ‘comme’. Cette expression qui veut dire « la même chose » et dont la première trace remonte à la fin du 19ème siècle vient d’Algérie. Proche, « Kif-kif bourricot » se traduit littéralement par « pareil à l’âne ». Celle-ci nous serait parvenue grâce aux soldats engagés en Afrique du Nord.

Au début du 20ème siècle l’expression «c’est du kif» signifiant «c’est la même chose» voit le jour. Mais de nos jours elle peut prêter à confusion puisque  « kif » désigne aussi le cannabis. En réalité le kif-cannabis vient de l’arabe « kef », c’est-à-dire «béatitude». Le verbe « kiffer» en est dérivé.

Pourquoi dit-on « la petite reine » pour le vélo ?

la petite reine

Cette expression semble avoir deux sources.

La première explication se trouve au Pays-Bas où la Reine Wilhelmine d’Orange-Nassau devint reine à l’âge de 10 ans. Et il se trouve qu’elle se déplaçait très fréquemment à vélo. Une reine amatrice de vélo, voilà quelle serait l’origine de ce nom étrange de « petite reine ».

Il fut pour la première fois utilisé dans un article de La France illustrée datant de 1898, lors d’un déplacement de la reine en France. Puis progressivement la « petite reine » aurait désigné la bicyclette elle-même.

La deuxième hypothèse se réfère à l’homme de lettres et ancien rédacteur du magazine « Vélo », Pierre Giffard. En 1891, il publia un ouvrage traitant de « l’histoire du vélocipède, des temps les plus reculés jusqu’à nos jours » sous le titre « La Reine Bicyclette ». Devenue ensuite « la Petite Reine » l’expression passa dans le langage courant.

Pourquoi dit-on une « langue de bois » ?

langue de bois

Pratiquer la langue de bois consiste à éviter d’énoncer une réalité par le recours à des tournures de phrase d’ordre général. La langue de bois permet ainsi de détourner une conversation pour éviter de répondre à des questions gênantes.

Cette expression date du XXe siècle en Russie. Avant la révolution on parlait en effet de « la langue de chêne » pour désigner la bureaucratie tsariste, et plus généralement une administration trop lente, trop codifiée et dure, justement tout comme l’arbre.

Ensuite la locution est passée en Pologne pendant le mouvement Solidarność qui la modifie à son tour. Elle devient ainsi « langue de bois » dans ce pays, où elle sert à critiquer le régime soviétique. Elle est ensuite reprise par les journaux français.

Il s’agit donc d’une expression très récente dans notre pays. Elle n’a que 30 ou 40 ans et s’utilise aujourd’hui le plus souvent dans le domaine du discours politique.