Si les travaux du barrage en aval d’Auxonne, en Côte-d’Or, touchent bientôt à leur fin, son port créé de toutes pièces fait déjà le plein ! Au pied de la citadelle fortifiée par Vauban, 112.000 m3 de terre ont été évacués pour construire depuis rien un nouvel espace d’accueil destiné aux plaisanciers et bateliers empruntant le principal affluent du Rhône. 150 emplacements pour des embarcations de 6 à 38 mètres ont ainsi vu le jour grâce à un projet qui occupait l’esprit des autorités auxonnaises depuis 1995…
A l’abordage (enfin) !
Le cadre est prestigieux et le projet un peu fou : créer de toutes pièces un port là où il y a un peu plus d’un an ne s’étendait qu’une vaste zone humide et boisée. Aux confins des remparts, témoins de la position frontalière qu’a occupée la ville entre 1493 et 1678, l’espace portuaire se veut être en pointe. À quelques kilomètres, Saint-Jean-de-Losne, situé entre la Saône et le canal de Bourgogne, est le deuxième port fluvial de plaisance de France. Fort de 350 anneaux, il fait déjà le plein et sature. Dès lors, il est dommage de laisser partir les plaisanciers, consommateurs et touristes potentiels, d’autant plus dans une ville qui bénéficie actuellement d’un regain d’attractivité et de vitalité de par sa proximité avec l’agglomération dijonnaise ! Pourtant, le projet remonte déjà à seize ans.
En 1995, la municipalité, dirigée par Camilles Deschamps, étudie la possibilité de se doter d’un port. Deuxième axe fluvial en terme de trafic après le canal du midi, le potentiel est très important et restait jusqu’à alors très peu exploité. Il faudra cependant attendre 2006 pour que la situation se débloque totalement : lors de la révision générale du Plan local d’urbanisme, le zonage « AU1 Port » est arrêté et en 2009, un partenariat est signé entre la société H2O, qui gère déjà le port de Saint-Jean-de-Losne et la ville d’Auxonne qui a alors changé de bord politique. Pour Raoul Langlois, l’actuel maire, ce projet est cependant la consécration d’un travail d’équipe : « En mars 2008, alors que nous étions encore en campagne, nous avons noué les premiers contacts », lance-t-il avant de rendre hommage à son prédécesseur.
Des contraintes naturelles à surpasser
Au rythme des intempéries, les travaux de terrassement s’engagent en juin 2010 pour faire naitre ce qui sera, aux dires des entrepreneurs, « le plus beau port intérieur de France ». Des trois hectares cédés par la commune, il faudra extraire 112.000 m3 de terre ! Un chantier titanesque qui nécessite en tout 15.000 allers/retours d’engins avec la promesse d’une profondeur de 2,20 mètres. La société H2O investit ainsi 2 millions d’euros financés à hauteur de 30% par le conseil général de Côte-d’Or, le conseil régional de Bourgogne et le Fonds européen de développement régional (Feder). La ville d’Auxonne apporte sa pierre à l’édifice à travers l’aménagement de la voirie et la gestion des flux en eau et électricité.
Un investissement que chacune des personnalités présentes pour l’inauguration de ce nouvel outil, samedi 04 juin 2011, n’ont pas manqué de souligner. Difficile alors de dire si les spectateurs présents écoutent plus les discours des dirigeants ou admirent l’Espérance de Saint-Coin, une troupe au regard décalé, reprenant à leur gré les codes des harmonies municipales et n’hésitant pas à s’allonger au sol devant la durée des discours ! « Vous ne vous coucherez pas », interpelle avant son discours le maire de la ville avant de revenir sur les différents écueils qui ont marqué la réalisation : « Il a fallu réviser le plan local d’urbanisme, mais surtout trouver une compensation pour les zones humides détruites. On y trouvait en effet des moustiques engendrant la classification en zone Natura 2000 pour la présence d’une colonie de chauves-souris ».
Une mane touristique sous-exploitée
Autant de difficultés qui n’ont pas arrêté le maire qui explique que « cette volonté d’ouvrir le port lui était chevillée au corps ». Le 13 septembre 2010, une première brèche est ouverte dans la digue pour la mise en eau. Après négociation avec Voies navigables de France (VNF) qui est le seul à pouvoir attribuer ou non une ouverture sur un cours d’eau, la mise en eau s’est faite de façon progressive pour ne pas dérégler le débit de la Saône. Le lendemain, le port était rempli, il ne manquait plus qu’à creuser l’ouverture au moyen de pelles équipées de GPS pour garantir une profondeur suffisante.
« Nous voulions créer quelque chose d’exceptionnel dans un cadre qui l’est tout autant », rappelle Max Gérard, cogérant de la société H2O, « ce que je vois aujourd’hui est un très bon début ». Le port devrait en effet se développer encore avec la création d’une capitainerie, mais est surtout aujourd’hui un nouveau gisement touristique : « Le port est déjà totalement accepté et intégré par la population. C’est une ville chargée d’histoire pour les touristes et cette date est historique, c’est le début d’une nouvelle histoire d’amour entre Auxonne et son port ! ».
Et, derrière son nom de Port-Royal, se cache un nouvel hommage à l’histoire et plus précisément à la porte nord de la ville co-réalisée par le comte d’Apremont, chargé de fortifié la ville en 1673 puis par Vauban en 1699. « Durant le chantier poursuit Max Gérard, j’avais l’impression d’être dans un gigantesque bac à sable dont le creusement consistait à réaliser un énorme mécanno » ! Pour l’adjoint au maire d’Auxonne, Claude Lapostolle, ce projet qu’il attendait depuis 1995 est la première pierre du développement touristique de la ville : « Nous avons ici un outil touristique de premier choix qui a souvent été sous-exploité ». Tirant son nom de la déesse celtique de l’eau, Assona, Auxonne renoue avec son passé…
