La question que tout le monde se pose, François Fillon, premier ministre, n’y aura pas répondu. De passage en Côte-d’Or pour sceller la fin de la première tranche des travaux de la LGV Rhin-Rhône, lundi 31 janvier 2011 à Villers-les-Pots et Auxonne, le chef du gouvernement n’a pas éclairé l’avenir des branches Sud et Ouest de la ligne à grande vitesse, dont l’avancement est aujourd’hui au point mort… Le chantier qui s’achève n’en est pas moins digne d’intérêt, puisqu’il pourra dès décembre 2011 relier Dijon à Strasbourg en moins de deux heures. Retour sur cet après-midi ministériel entre discours, échanges millimétrés avec les ouvriers et… cours de soudure !
LGV Rhin-Rhône : au Sud et à l’Ouest, rien de nouveau…
La LGV Rhin-Rhône est un projet de raccordement ferroviaire dont l’efficacité repose sur la réalisation de trois branches (Lire ici notre article). L’une, la branche Est, est aujourd’hui celle qui avance au rythme le plus soutenu : elle permettra de relier Dijon à Strasbourg en moins de deux heures dès décembre 2011. Les deux autres, dont l’objectif est de proposer une alternative au trajet Paris-Lyon par la construction de nouveaux tronçons Paris-Dijon et Dijon-Lyon, sont au point mort. Dans cette situation, le grand projet européen qui guidait la LGV Rhin-Rhône à son origine – relier Barcelone à Berlin et l’Ouest de la France à l’Allemagne – est largement amputé…
« Je sais combien vous tenez à l’avancement des branches Ouest et Sud : elles sont en effet moins avancées mais ce n’est pas un argument pour insinuer que nous ne ferons rien », remarque François Fillon, Premier ministre. Lors du discours prononcé à Auxonne (21) lundi 31 janvier 2011, le chef du gouvernement est pourtant resté très évasif sur le déroulement des opérations : « Pour la branche Ouest (Paris-Dijon), je souhaite que la commission nationale des débats publics soit saisie d’ici la fin de l’année ; pour la branche Sud (Dijon-Lyon), des études complémentaires doivent être menées avant d’établir un carnet de route avec tous les partenaires du dossier ». La seule certitude formulée à ce sujet par le chef du gouvernement concerne le financement des opérations, qui « devra être assumé par l’ensemble des collectivités car dans l’état actuel des finances de l’Etat, nous ne pourrons pas en porter la charge seuls ».
François Fillon à la rescousse des usagers de la SNCF !
Rapidement, le propos a revêtu une couleur plus politique. « L’action de la SNCF doit d’abord être guidée par le quotidien des usagers : je crois que son président (ndlr : Guillaume Pepy) l’a bien compris récemment », a-t-il relevé, en référence à la gestion de l’épisode neigeux de décembre 2010 qui avait paralysé le transport ferroviaire dans l’Hexagone (Lire ici Libération.fr). Et d’ajouter : « Régularité, sécurité et information doivent impérativement être garanties. Je demande à la SNCF d’en tenir compte ».
Au sujet de la politique des transports pour 2011, François Fillon a énuméré tous les chantiers qui rythmeront l’année. « L’Autorité de régulation des activités ferroviaires permettra d’introduire en France une concurrence saine et maîtrisée dans le domaine du transport par le rail », a-t-il noté. Et de continuer : « La réforme du fret, primordiale, sera prolongée par le gouvernement, tout comme celle des ports, dont je regrette qu’elle entraîne un tel mouvement social : elle vise avant tout à améliorer leur compétitivité ! ».
S’il s’est également félicité de « l’exemple environnemental » que constituait la LGV Rhin-Rhône, tout comme de « l’excellence d’un savoir-faire que le monde entier nous envie », le Premier ministre a tout de même conclu son discours par une note de réalisme : « La France n’est plus leader de la grande vitesse. Nous devons donc redoubler d’efforts pour nous hisser de nouveau au premier rang mondial ».
Température extérieure : -2°C ; température « ambiante » : 750°C !
Et la visite du chantier de la LGV Rhin-Rhône à Villers-les-Pots, en Côte-d’Or ? Calme et sans éclat, conforme à l’image « d’homme de dossiers » qui colle à la peau du Premier ministre… Côté protocole, la mise en scène était presque identique à celle déployée pour la venue de Nicolas Sarkozy à Montbard, le 03 septembre 2010 (Lire ici notre article) : même dispositif de sécurité, mêmes répétitions pour les ouvriers appelés à approcher le chef du gouvernement, même cohue du côté des photographes…
Arrivé sur place à 15h10, François Fillon a d’abord suivi un topo technique sur les travaux de la LGV Rhin-Rhône avant de souder symboliquement le dernier rail du tronçon Auxonne-Belfort, achevant ainsi la première phase du chantier de la branche Est. Sur le ballast, l’opération avait tout l’air d’un petit feu de camp… Certains membres de l’entourage du ministre ont d’ailleurs profité des 750°C de température de fusion pour se réchauffer les mains, engourdies par une température ambiante avoisinant -2°C !
Suite à ce petit « cours de soudure », François Fillon s’est ensuite séparé de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et des Transports, pour saluer une dizaine d’ouvriers triés sur le volet, plus étonnés par la ruche de photographes que par le chef du gouvernement ! La rencontre signait dans le même temps la fin du parcours ministériel sur le chantier.
Un discours, des mains serrées, une soudure : si la visite du ministre a parfaitement respecté les limites du protocole, elle n’en laisse donc pas moins de nombreuses questions en suspens au sujet de l’avenir de la LGV Rhin-Rhône…