Côte-d’Or l Localisation d’Alésia : La polémique continue

La localisation d’Alésia déchaine décidemment les passions ! Suite à notre édition du 02 février 2011, Danièlle Porte, maître de conférences sur les religions et l’histoire romaine au sein de l’Institut d’études latines de la Sorbonne, a souhaité apporté de nouvelles précisions. Elle conclut ainsi, contredisant chacun des arguments de Claude Grapin, conservateur départemental du patrimoine de la Côte-d’Or et chargé du musée d’Alésia : « Si on prend chaque fil du fameux « faisceau d’indices » qui permet aux Alisiens d’identifier Alésia dans Alise, et que chaque fil craque à son tour, comme c’est le cas, que reste-t-il du faisceau ? ».

Elle dénonce ainsi plusieurs incohérences au niveau de l’interprétation et des techniques employés : « C’eût été un vrai miracle que ces monnaies aient été perdues par 254.000 Gaulois dans 500 m de fossé, et à proportion des contingents envoyés par les 42 tribus… Car elles représentent toutes les tribus de Gaule, y compris celles qui n’étaient pas là ! ». Elle pointe aussi du doigt quelques incohérences historiques comme la présence du système de la clauicula, qui n’apparaît pas chez César, mais sous Trajan seulement !

Pour en savoir plus, lire sa réponse ci-dessous.

« La méthode d’André Berthier obéit à la logique pure : étudier l’énoncé d’un problème avant de vouloir le résoudre. L’archéologie prend le problème à l’envers : elle choisit une solution d’après ce que livre le sol sans avoir regardé l’énoncé, puis elle prétend que l’énoncé colle avec cette solution, même si toutes ses données s’y refusent.

Dion Cassius ainsi que Plutarque situent Alésia « chez les Séquanes » ou « après la frontière des Lingons », non pas chez les Éduens, et ne le font pas à la légère, disposant des œuvres sur la guerre des Gaules dont nous connaissons auteurs et titres à défaut des textes. Le moine Héric, bible des Alisiens, écrit qu’Alésia est « chez les Éduens » (Te Hæduos fines tuentem) : ce ne peut donc pas être l’Alésia « des Mandubiens » de César.

Quand Pline parle des harnais plaqués argent, spécialité d’Alésia, il peut s’agir de l’*Alesia Æduorum = Alise, mais pas de l’Alésia que détruisit César, l’Alesia Mandubiorum.

La fameuse stèle de 1839 donne le nom officiel de la ville, qui est Alisija, pas Alesia. Je conjecture que la forme Alisija ne présentant pas l’alternance de syllabes brèves et de longues qui permettrait de l’inclure dans un vers latin, le moine Héric, traducteur du B.G., l’a remplacée par Alesia, quitte à revenir à la graphie Alisia dans son ouvrage suivant (en prose). Toute notre documentation antérieure à lui appelle la bourgade Alisia, jamais Alesia. Après lui, on l’appelle toujours Alisia… preuve que son identification avec l’Alesia de César n’allait pas de soi. Les jetons des Alisenses portent Ali, pas Ale.

Pline ne situe pas Alésia parce que la référence « s’imposait à ses contemporains » ? Sous Claude, on pense que c’est Vercingétorix qui a assiégé César dans Alésia (Tacite, ., XI, 23) : il est peu probable que les gens de Rome, cent ans après le siège, aient su où était au juste la ville gauloise, surtout si elle a été détruite et son nom aboli, comme c’était l’usage (cf. César qui prive de leur nom les Éburons vaincus après les avoir rayés de la carte, BG., VI, 34, 8).

Autorisation de fouilles suspendues sur le site du camp Nord (Chaux) : elles ne l’ont pas été parce qu’elles étaient négatives, mais dès qu’on a eu trouvé du matériel romain (clef romaine, armes, clous de sandales, tessons républicains). D’autre part : les autorisations n’ont été que de sondages, pas de fouilles, et parce qu’André Berthier avait obtenu des autorisations « verticales », directement des ministres A.Malraux, E.Michelet, J.Duhamel. Aujourd’hui, faute d’archéologue consentant à s’investir dans l’affaire Alésia, il n’y a plus de sondages…

Pour la plaine à mesurer en ligne courbe ou en zig-zag, César doit sortir de sa tombe s’il entend ça, et Vitruve avec lui.

Si Alise est une « citadelle » , et « inexpugnable », c’est que le renom des Romains était bien surfait… ou la myopie des Alisiens irrécupérable.

Bien sûr que César ne pouvait pas exagérer les chiffres ! mais alors, Alise est hors du jeu… avec ses 97 ha pour y loger une ville, ses habitants et 95 000 guerriers, les chevaux, le bétail…

Les lignes qui apparaissent autour d’Alise, sur les photos, correspondent au périmètre indiqué par César, mais pas au périmètre qui aurait suffi pour encercler Alise qui mesure, sur le plan d’Espérandieu, 4,575 km de tour, pas 14 km. La nécessité de faire cadrer le périmètre des fortifications donné par César et les reliefs d’Alise entraîne à une disposition fantaisiste des lignes, tantôt jointives tantôt exagérément écartelées. Napoléon III a réinventé un périmètre qui correspondît à César, mais a mis dans le même sac des lignes qui, vu leur disparate, appartiennent à plusieurs sièges différents (les 4 couches de cendres déterminées à Alise par J. Quicherat et J. Le Gall plaident pour 4 incendies différents). Ces lignes de fossés ne correspondent jamais, vu leur nombre, leur profondeur, leur disposition, aux indications de César (selon les écrits des fouilleurs alisiens eux-mêmes). Vu leur profondeur (35 cm) ce sont souvent, dans un terrain marécageux, des fossés de drainage.

Les camps « ne sont pas des enclos à bestiaux » ? Peut-on admettre que des camps d’une superficie de 35 ares jusqu’à 7,9 hectares (il n’y a pas plus grand) aient pu abriter des légions romaines, pour lesquelles les normes étaient de 45 ha pour 2 légions ? Peut-on admettre leur installation en-dehors des lignes destinées à les protéger, nécessitée par le resserrement excessif des deux lignes de plaine qui ne laissent même pas entre elles la place de caser un camp ? (350 m quand il en faudrait 800). Ne parlons pas des mesures indiquées pour la distance entre les tours (24 m) qu’on n’a pas retrouvée une seule fois (de 15 m à 60 !)

Quant au système de la clauicula, il n’apparaît pas chez César, mais sous Trajan seulement.

Les fameux statères d’or qui « prouvent la présence de Vercingétorix sur le mont Auxois » : ils n’ont rien à voir avec Alésia, puisqu’ils ont été achetés en Auvergne en 1867. Les deux statères de bronze ou plutôt d’orichalque réellement trouvés à Alise sont, quant à eux, très usés : s’ils avaient été frappés au moment du siège, ils seraient neufs. L’usure ne peut s’expliquer par une longue circulation, puisqu’ils n’ont pas bougé d’Alise…

La numismatique, sous Napoléon III : il devait y avoir tout de même quelques personnes capables d’identifier les monnaies et d’avoir monté le faux de provenance qu’on dénonce depuis le Second Empire. C’eût été un vrai miracle que ces monnaies aient été perdues par 254 000 Gaulois dans 500 m de fossé, et à proportion des contingents envoyés par les 42 tribus… car elles représentent toutes les tribus de Gaule y compris celles qui n’étaient pas là ; de plus, au pied du Réa dont on admet aujourd’hui qu’il ne pouvait pas être le camp Nord puisqu’il est en bas du mont et que César situe le camp Nord en haut. Les relevés de l’époque ne concordent d’ailleurs jamais sur le nombre des trouvailles.

La « scientificité » (?) des fouilles napoléoniennes : il y aurait aussi beaucoup à dire : on gomme les fossés en trop, on trace des lignes continues à travers les ruines d’une basilique dont on ne s’est pas aperçu qu’elle était là, preuve qu’on n’a pas creusé ; ou encore les ouvriers ont déclaré qu’ils avaient trouvé 80 trous de lilia, ce qui n’était pas vrai non plus !

« Ne pas juger le lieu du seul fait d’un texte » ? Il ne faut pas pour autant gober toutes les révélations contradictoires et invraisemblables qui surgissent du sol pour les faire servir de preuves sans les examiner. Et il faut s’interroger aussi sur les manques : pas de localisation pour le combat de cavalerie, pas de remparts néolithiques, pas de vestiges cultuels, pas assez de place pour loger les troupes sur l’oppidum, impossibilité de reconstituer le dernier combat, de comprendre le départ des cavaliers, invisible à travers la grande plaine, ni l’escalade des abrupts (!) du Réa sans avoir franchi les lignes etc.

Conclusion : si on prend chaque fil du fameux « faisceau d’indices » qui permet aux Alisiens d’identifier Alésia dans Alise, et que chaque fil craque à son tour, comme c’est le cas, que reste-t-il du faisceau ? »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.